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Le billet d'humeur d'un prof de collège

par Christophe Chartreux

 

Dimanche 16 mai : Marianne publie ce jour une enquête intitulée : "France qu'as-tu fait de ton école ?"

Pour rappel, depuis des années ce magazine fustige en vrac :

- les pédagogues (appelés "pédagogistes") dont Meirieu serait le grand gourou et responsable de la "baisse du niveau".

- la formation des enseignants dans les IUFM. Sur ce point Marianne, Natacha Polony (partie au Figaro) et Brighelli peuvent être satisfaits: il n'y a plus de formation DU TOUT à partir de 2010! Nul doute que cela va améliorer les choses n'est-ce pas?.

- le principe de l'élève au centre du système, principe pourtant renouvelé très récemment pas la Cour des comptes dans un rapport sur l'Ecole.

Je laisse évidemment les lecteurs découvrir cette enquête qui, pour être intéressante et consensuelle par son constat établi depuis longtemps par les pédagogues, n'échappe pas hélas quand il s'agit d'aborder les causes du mal et les remêdes à ce même mal, aux poncifs habituels et aux erreurs manifestes et permanentes véhiculées par ce magazine. J'en ai relevé quelques-unes au fil de ma lecture. Je ne peux les commenter toutes tant elles sont nombreuses :

- Page 94 : le Bac est distribué: faux! Le Bac reste un examen difficile que ne passent que ceux qui atteignent ce niveau, c'est à dire très loin des 80% d'une classe d'âge! Beaucoup de français sont persuadés pourtant que "80% de TOUS les jeunes" ont le Bac !

- Page 95 : "Elèves et professeurs sont égaux": vieille réflexion qui de rumeur est devenue certitude. Un peu à l'image du "référentiel bondissant" dont Luc Cédelle a fait la brillante démonstration que la rumeur, le bruit qui court, l'invention pouvaient avoir plus de force hélas que la vérité toute nue. Jamais personne n'a dit ni écrit que les élèves et les professeurs étaient égaux!

- Page 95 : Plus de chronologie en Histoire: c'est absolument mensonger ! TOUS les programmes d'Histoire sont chronologiques. Les directives ministérielles sont claires sur ce point. Chaque chapitre est illustré d'une frise chronologique. Les étapes chronologiques de l'Histoire sont respectées! AUCUN enseignant de 3ème de collège par exemple ne commence par la crise de Cuba pour terminer par la guerre de 1914-1918! Aucun manuel d'Histoire n'ignore la chronologie!

- Page 106: "Le niveau baisse": mais Marianne confirme en même temps que 49% d'ouvriers obtiennent le Bac quand ils n'étaient que...2% dans les années 1930.

Et j'en passe! L'enquête cite aussi SOS Education (voir le blog de Luc Cédelle à ce sujet : http://education.blog.lemonde.fr ), le SNALC, revient une Nième fois sur le film La journée de la jupe et donne la parole à Philippe Meirieu dans un débat où la pauvre Claire Mazeron qui lui est opposée fait bien pâle figure.

Voila... Un long reportage donc qui, je le repête, a le mérite d'exister, n'est pas truffé seulement d'inexactitudes mais devient médiocre par les solutions qu'il effleure et qui sont toujours marquées par la démagogie d'une école fantasmée.
C'est dommage car si le diagnosctic est à peu près exact, les remèdes proposés vont tuer le malade si par malheur ils étaient appliqués.

Il est également dommage, mais là Marianne n'y est pour rien, que PERSONNE au PS ne s'empare en ce moment de ce débat. Quand La Cour des Comptes et les médias ne font que cela, nos politiques élaborent des projets de combinaisons qui n'ont d'autres ambitions que de se placer dans la course à l'Elysée... Triste opposition ! Mais c'est un autre débat...


Dimanche 9 mai : Débuter dans l'enseignement

Ci-dessous une interview d'Hélène Michelotto, jeune stagiaire IUFM (Mathématiques) ayant effectué son stage dans mon établissement. Interview réalisée par mes soins sans aucune prétention journalistique!

1) Tu termines ton année de formation. Celle-ci t'a-t-elle renforcée dans ta conviction, ta vocation de devenir professeure et quelle que soit ta réponse, pourquoi?

Oui complètement. Le contact avec les élèves est quelque chose qui me plaît vraiment. Certes, il y a des moments de tension qui ne sont pas évidents à gérer, un élève qui refuse de travailler, un autre qui refuse l’autorité etc, mais dans son ensemble je trouve que c’est un métier vraiment enrichissant.

2) Est-ce que tu as facilement pu établir des passerelles entre ta formation théorique (IUFM) et ta pratique sur le terrain au collège? Et si oui, lesquelles par exemple?


Nos formateurs n’étaient pas des personnes enfermées dans l’IUFM, en parallèle de leur travail de formateurs ils sont toujours en activité dans leurs établissements respectifs et c’est pour cela que je suis « scandalisée » quand j’entends que les IUFM sont déconnectés de la réalité ! C’est peut-être le cas en effet dans d’autres sections, j’ai eu des échos à propos de la formation des professeurs des écoles qui n’était pas très constructive ; mais dans ma discipline, les formateurs pratiquent leur discipline au quotidien et sont toujours au contact des élèves et des difficultés que l’on peut rencontrer. Ce sont en plus des personnes tout sauf blasées de leur métier, qui, on le sent en les écoutant parler, se remettent en question chaque jour et ont véritablement une passion pour cette profession. Au niveau de mes pratiques disciplinaires, l’IUFM m’a également beaucoup apporté. Des intervenants extérieurs (notamment des professeurs travaillant en parallèle dans un IREM) sont venus nous exposer leurs recherches, les « tentatives » qu’ils ont pu faire dans leurs classes, avec leurs attentes et leurs déceptions, et je pense qu’il est bien là le plus important pour une bonne formation : c’est de pouvoir partager et dialoguer avec des professeurs expérimentés sur nos pratiques.

3) Comment vois-tu l'avenir de celles et ceux de tes futurs collègues qui désormais seront privés de cette formation?


J’ai « la chance » de pouvoir comparer une année d’activité avec ou sans formation. En effet, l’année dernière je débarquais devant mes premières classes en tant que remplaçante contractuelle, autrement dit sans formation. Je me rends compte maintenant, avec la formation IUFM, grâce aussi à ma tutrice terrain (très importante également dans ma formation) à quel point c’est IMPOSSIBLE de commencer à enseigner sur un temps plein et avec une formation quasi inexistante. Je n’avais tout simplement pas assez de temps pour réfléchir en profondeur au programme, sur le « comment aborder telle notion », etc. J’ai balancé la définition de la racine carrée comme si de rien n’était, je leur distribuais des cours à trous, parfois issus d’internet. Mes élèves étaient perdus ! Et moi aussi ! J’étais en plus dans un établissement Réseau Ambition Réussite, les conditions étaient donc aussi particulièrement difficiles. Je plains donc sincèrement les futurs collègues qui vont commencer de cette façon et aussi, voire surtout, l’éducation nationale en général qui va voir arriver nombre de démissions de profs stagiaires, dégoûtés du métier et je ne parle même pas de nos élèves qui sont, au final, ceux qui vont en pâtir le plus.

4) Quelles difficultés te semblent-elles ne pas encore avoir été franchies et pourquoi d'après toi?


Je pense que l’une des choses les plus compliquées est d’avoir la ou du moins une réaction appropriée à telle situation. Du fait que l’on débute, quasiment chaque jour on se retrouve confronté à une situation nouvelle, qu’il faut savoir gérer tout de suite. Dans la vie de tous les jours je suis peu habituée à me laisser marcher sur les pieds et j’avais trop tendance au début, et même encore maintenant d’ailleurs, a trop prendre à c&oeligur les remarques que pouvait faire un élève et à réagir à chaud de façon trop brutale. Bien évidemment, il ne faut pas laisser passer des actes d’insolence, mais sans doute être plus modéré lorsque cela arrive et reprendre le problème à froid plus tard avec l’élève en question, qui aura lui aussi digéré l’épisode. Une autre difficulté, à laquelle j’essaie de trouver des solutions, est ce refus de certains élèves de travailler. C’est notre premier devoir que de mettre les élèves au travail et parfois il arrive que certains s’y refusent. Ces élèves peuvent avoir différents « profils ». Certains sont malheureusement complètement hors du système (absents la moitié de l’année par exemple), d’autres se disent que cela ne sert à rien, qu’ils vont de toute façon redoubler, et d’autres, qui ont de la volonté, mais qui, en ayant les lacunes des années précédentes et parfois personne chez eux pour les aider, vont se démotiver. J’essaie par contre de valoriser au maximum tout travail de leur part, même s’il n’est pas juste, pour ne pas les enfermer dans la peur « de mal faire ».

5) Enfin si tu devais donner un conseil et un seul à un futur prof, lequel lui donnerais-tu à respecter absolument et là aussi pourquoi?


Je conseillerais à un futur prof de bien veiller à instaurer un cadre dès le départ, être ferme, que les élèves sachent que c’est le prof qui est bien le maître à bord en leur fixant les règles dès le début de l’année et de surtout, surtout, s’y tenir. Les élèves attendent qu’on leur fixe des limites. On peut ensuite relâcher petit à petit mais il faut que les élèves sachent qui ils ont devant eux, non pas en instaurant un climat « autoritariste » mais en leur montrant que le prof est le garant de l’autorité, en la pratiquant toujours de façon juste car les élèves sont ultra sensibles à la moindre chose qui leur paraitrait injuste. Je finirais par une petite phrase venant tout droit de l’IUFM (paix à son âme) : « Je dis ce que je fais et je fais ce que je dis. »

Bonne route en tout cas à toi et mille fois merci d'avoir apporté ton enthousiasme et ta passion pour ce métier que tu as choisi de pratiquer !
Christophe


Samedi 17 avril : Violence scolaire : comme d'habitude !

Jeudi soir, le 15 avril, dans l’émission A vous de juger présentée par Arlette Chabot, nous eûmes droit à un nième débat ayant pour sujet : la violence scolaire. Comme d’habitude !

Comme d’habitude, les invités étaient censés représenter le monde éducatif. A vous de juger :

- Un ancien Ministre de l’Education Nationale (Luc Ferry),

- Un représentant du Parti Socialiste (Non non pas Bruno Julliard, pourtant en charge de l’Education au PS),

- Une proviseure de lycée manifestement très « liée » au précédent,

- Un principal de collège (dont l’établissement faisait l’objet quelques jours avant d’un reportage par jour sur France 2 aux environs de 13h15, établissement « exemplaire » des violences scolaires),

- Une professeure du SNALC (syndicat enseignant minoritaire très marqué à droite/ce qui n’interdit en rien qu’il s’exprime, mais il aurait été préférable, pour l’information des téléspectateurs pas forcément très au fait des sigles très nombreux qui envahissent le monde de l’Education, que cela fût dit),

- Un professeur de mathématiques.

(Au sujet du Principal de collège, on avait mal à le voir tenter, dès sa première intervention, de corriger l’image catastrophique qui fut donnée par France 2 affirmant, témoignages et images à l’appui, que son établissement était à feu et à sang tous les jours de l’année scolaire. J’imagine la tête des professeurs de ce collège découvrant un tel portrait à charges tous les jours pendant une semaine !)

Comme d’habitude, les personnels de surveillance n’étaient pas représentés. Tout le monde les réclame mais personne ne les convie aux discussions télévisées entre « spécialistes ». Ils en auraient des choses à dire pourtant nos chers(es) pions !

Comme d’habitude, une petite pique fut envoyée à Philippe Meirieu qui, comme chacun sait, est responsable de toutes les violences scolaires, du réchauffement climatique et de la disparition des dinosaures. Entre autres.

Comme d’habitude, et de plus en plus souvent, aucun représentant des observateurs de l’Education, journalistes (Emmanuel Davidenkoff, Brigitte Perruca, Luc Cédelle), pédagogues (Philippe Meirieu, Jean-Paul Brighelli -si si !-, Gabriel Cohn-Bendit), sociologues experts des problèmes liés à l’Education (Marie Duru-Bellat, Eric Debarbieux, Denis Meuret, Agnès Van Zanten pour ne citer que ceux-là) n’étaient conviés sur le plateau.

Comme d’habitude, aucune définition des violences scolaires ne fut donnée. On mélangea tout : violences d’intrusion ; violences entre les élèves ; violences des élèves à l’encontre des personnels éducatifs ; violences physiques et violences verbales ; incivilités...

Comme d’habitude on prit soin de ne surtout pas donner le chiffre qui chaque année est pourtant la première des « violences scolaires » : entre 120 000 et 150 000 élèves sortent de notre « merveilleux » système sans l’ombre du début du commencement d’un diplôme. Et qu’on ne vienne pas me dire qu’il s’agit de 120 000 à 150 000 perturbateurs violents et absentéistes !

Comme d’habitude, on prit soin de ne jamais - surtout jamais ! - mettre en question le « merveilleux système » ci-dessus nommé qui fut tout au long de la soirée défendu car, évidemment, aucun autre modèle structurel que le nôtre n’est possible !

Comme d’habitude, on fit la promotion d’un - bon - film, néanmoins caricatural et porteur d’un message d’une extrême dangerosité : La Journée de la Jupe. A contrario, pas un mot conseillant d’aller voir ou revoir Entre les murs, Palme d’Or au Festival de Cannes.

Comme d’habitude, on prit soin d’ « oublier » de parler de la casse de la formation des enseignants futurs. (Je ne doute d’ailleurs pas un seul instant que nombre des intervenants faisaient partie il y a à peine 6 mois encore de ceux qui disaient pis-que-pendre des IUFM aujourd’hui destinés à la disparition).

Comme d’habitude, on eut une ou deux bonnes idées : « Enseigner avec deux adultes par classe » proposa Luc Ferry. Personne n’osa lui faire remarquer qu’il faudrait embaucher beaucoup !

Comme d’habitude, personne ne rappela que le plus grand besoin des établissements dits « difficiles » était d’augmenter la présence adulte, en nombre mais pas seulement. En temps passé dans les locaux aussi ! Sujet trop polémique certainement !

Comme d’habitude ! Tristement comme d’habitude ! Du tristement politiquement très correct ! En France on ne pose plus les questions gênantes. Seulement celles dont connait déjà les réponses, y compris lorsqu’elles ne sont pas les bonnes, l’objectif de la classe politique étant la prise du pouvoir par le consensuellement mou, surtout pas par l’incitation du citoyen à l’engagement individuel courageux et audacieux pour une réussite collective nécessaire et urgente.


Samedi 27 mars : Du droit à la dérision

Libération et autres quotidiens ont récemment publié de longs articles illustrés d'incontournables propos experts au sujet de l' "affaire Guillon-Besson". Je ne reviendrai pas sur l'affaire en soi. Elle n'a que peu d'intérêt et agite surtout quelques élites -auto proclamées- politico médiatiques parisiennes (ou pas). L'avez-vous remarqué ? S'attaquer aux "parisiens" n'est plus toléré. En route donc pour un nouveau dogme, un de plus : les chroniqueurs parisiens, tout en ne franchissant jamais le périphérique, savent mieux que personne la vie des français de province... Soit... Mais avez-vous jamais vu un Barbier, un Aphathie, ou un Duhamel, micros en main, caméras sur l'épaule, se frotter au reportage de terrain ? Personnellement, j'attends toujours...

Mais revenons plus précisément à l'affaire... Besson ayant obtenu des excuses de France Inter après une nième intervention de l'incontournable Stéphane Guillon - cet homme est partout ! - qui n'eut pas l'heur de plaire au ci-devant Ministre. Et Libération de poser la question suivante : "Y a-t-il menace sur le droit à la dérision ?" Je laisse le soin aux lecteurs de Libération de découvrir l'enquête et les réponses produites ce jour (26 mars) pages 1 à 4. Quand même!... 4 pages pour ça... Mais bon... Pourquoi pas ? Ce qui m'ennuie le plus dans ce remue-méninges est la confusion qui est faite en permanence entre l'humour, la dérision et l'ironie. Ainsi qu'un oubli - aveuglement coupable quand il est volontaire - tout aussi continu : la puissance nouvelle par leurs multiplications et déclinaisons diverses des outils qui véhiculent les propos des "bouffons".

Quand un Bedos, un Coluche, un Le Luron, un Desproges, ne disposaient que de quelques plateaux, de quelques micros, un Guillon, un Canteloup, une Roumanoff occupent l'espace médiatique du matin au soir, sautillant d'une chaîne à l'autre, d'un micro à l'autre, voire d'une chronique quotidienne dans des journaux à une autre... C'est TOUS LES JOURS et plusieurs fois par jour que les français sont abreuvés des rires que l'on produit au kilomêtre, très souvent à juste raison puisque nos humoristes ont, en plus, du talent! Il existe même une radio entièrement dévouée au rire : Rires et Chansons...

Mais ce qui hier était encore humour d'artistes, même cruel (Il faut réécouter Desproges!) est devenu industrie de l'ironie méchante. Quand on ne verse pas carrément dans l'ignoble chez un Ruquier où l'invité "qui passe dans le fauteuil" vient en public se faire éreinter sous les rires d'un public complice dont l'esprit critique semble avoir été lobotomisé avant l'émission. Industrie facilitée par l'extraordinaire puissance offerte avec Internet qui cimente, verrouille, enferme les cibles, parfois consentantes, de la nouvelle geôlière de la pensée : l'ironie !

Car lorsque tous les jours, plusieurs fois par jour, tel ou tel homme ou femme politique se voit massacrer sous les flêches habiles des chroniqueurs-humoristes, il ne s'agit plus de rire. Il s'agit de procès politique, d'acharnement, que la victime soit de gauche comme de droite.

Ce qui m'inquiête n'est pas de pouvoir ou de ne pas pouvoir continuer de se moquer des puissants de ce monde. Mais de tellement produire de bouffonneries qu'elles en deviendront un travail à la chaîne, enclôsant les cibles dans les barreaux invisibles des moqueries de la foule convoquée à rire, obligée d'applaudir, interdite de siffler, de se retirer, de ne pas apprécier. Jusqu'au jour pas si lointain où on les autorisera à baisser le pouce ou à jeter des oeufs pourris sur les visages atrocement abimés des invités condamnés au pilori...

Les bouffons ne sont que l'autre face des rois... Ils devront se méfier d'acquérir trop de pouvoir, le plus dangereux d'entre eux étant celui de l'impunité et de l'absence d'auto critique. Qu'ils cessent de penser à leur gloire ironique pour privilégier enfin un humour véritable et précieux parce que rare...


Samedi 20 mars : Apprendre aux élèves à dire non, c'est défendre la pratique démocratique...

Des faits d'actualité relatés ces derniers mois et mettant en cause des élèves utilisant Facebook pour épancher leurs ressentiments à l'encontre d'enseignants m'amènent à penser que les convictions pédagogiques, "pédagogistes" diront certains, qui sont les miennes sont parmi celles qui portent les solutions aux problèmes qui minent l'école, mais au-delà, la démocratie.

Le rapprochement est sans doute audacieux, ma réflexion sans doûte iconoclaste, et pourtant... L'école tend à devenir de plus en plus un espace totalitaire. Un lieu où l'élève n'apprend qu'une seule chose : dire OUI. Oui à la parole du maître omniscient-expert, celui qui a raison. Il n'a pas d'alternative sinon celle de la révolte, de la transgression des interdits, de la désobéissance. Et tout cela bien entendu puni de manière disciplinaire, rarement éducative. On l'a vu avec les affaires Facebook : la sanction fut disciplinaire SEULEMENT ! Elle s'est immédiatement traduite dans l'esprit des autres élèves comme intolérable puisqu'indiscutable. Je parle de la sanction, pas de la faute qui elle est inexcusable! Elle pourrait être néanmoins souvent évitée en autorisant, c'est à dire en pratiquant l'autorité non seulement du OUI, mais aussi du NON...

Peut-être faudra-t-il un jour admettre que dire NON s'apprend aussi et que cela peut ou doit être toléré par l'enseignant. Apprendre à dire non, y compris aux maîtres/experts, c'est apprendre la démocratie. Celle où il est demandé de choisir et non d'accepter sans broncher l'avis des techniciens experts. Dire non en argumentant, en respectant l'interlocuteur, en réfléchissant aux conséquences, en pesant le pour et le contre. Bref en apprenant à devenir des citoyens responsables.

Or qu'apprenons-nous à nos élèves ? L'obéissance aveugle dénuée de toute réflexion, de toute mise en question. L'élève est et doit rester celui qui dit oui en permanence pour la seule raison que l'ordre ou l'avis vient d'en-haut. Il ne faut pas s'étonner si ensuite, dans la vie quotidienne, nos adolescents considèrent les outils technologiques de communication mis entre leurs mains comme des références auxquelles il est difficile de dire non. Facebook, Twitter, Google et autres sont devenus leurs maîtres à penser. Ils y obéissent. C'est nous qui le leur avons appris malgré les quelques mises en garde. Remettre en question Internet leur est aussi intolérable que leur est impossible de mettre en question la parole du professeur.

Et ce sont ces mêmes élèves qui n'iront pas voter plus tard, grossissant les rangs des abstentionnistes, car il n'auront pas appris à CHOISIR, à comparer, à contrebalancer, à opposer, voire à s'opposer. Ils seront en revanche des adorateurs absolus et dociles des apprentis dictateurs, ceux auxquels on ne peut donner qu'une réponse si facile : OUI !

En cela, NOUS mettons en danger la démocratie!


Mercredi 3 mars : L'honneur des enseignants

Depuis que les médias ont exhumé, pendant un temps, de leur mémoire les violences dites "scolaires" et alors que celles-ci n'ont jamais cessé depuis plusieurs années, alors que des milliers de collègues souffrent depuis des années (Qui s'en souciait à l'époque?), alors que des ghettos scolaires ont poussé au milieu des ghettos sociaux qui vont aller grandissant, on a réentendu, au sujet de ces élèves décidément intenables, la petite musique habituelle, lancinante et facile des "y'a qu'à les virer", "y'a qu'à les enfermer", y'a qu'à les frapper" (avec la fameuse petite sentence dite en souriant : "une petite giffle n'a jamais fait de mal à personne"... Ce qui reste à voir : à 52 ans bientôt, je me souviens encore des giffles humiliantes devant tout le monde, celles reçues comme celles données à mes camarades...).

On a réentendu les accusateurs publcs, du Figaro et de Marianne en particulier, ne cherchant pas plus loin que le bout de leur souris d'ordinateur, accuser pêle-mêle les IUFM (ils ont gagné puisque désormais on ne formera même plus les malheureux futurs collègues auxquels j'adresse de manière anticipée mon plus sincère soutien... Ils vont en avoir besoin!), les pédagogues, Meirieu en tête, Grand Satan responsable d'à-peu-près tout, y compris si on les poussait un peu du réchauffement climatique, les programmes, le niveau qui baisse, tous les ministres de gauche comme de droite, les syndicats (le taux de syndicalisation enseignante est TRES bas!), la télévision, Internet, les jeux vidéos... Ouf!

Les mêmes ont un rêve : épurer, oui EPURER, l'école française de ses mauvaises graines. Toutes celles et ceux qui ne se conformeront pas au moule, les plus faibles, les plus agités, les plus violents, les plus doués aussi d'ailleurs car dans le système il ne faut surtout pas être trop ceci ni trop cela, ça gênerait... Un rêve d'une école "light" ou "bisounours" d'élèves dociles, obéissants à tout, polis, pas trop faibles ni trop doués, avec des professeurs qui n'auraient rien d'autre à faire que déverser les savoirs dans les entonnoirs des bambins formatés. Yesssssss! Quant aux autres, disparus, envolés, définitivement condamnés. On pourrait alors lire des articles élogieux au sujet d'une école retrouvée, au niveau parfait, réduite au calme absolu. Une école factice et masquée...

Cette école-là, je n'en veux pas. Ce serait pour moi le pire des déshonneurs. Car l'honneur de l'Ecole publique et celui des enseignants est d'accueillir les enfants de la République quels qu'ils soient. L'honneur de la République et des élus est, non pas d'exclure pour une stigmatisation inévitable, mais de mettre en oeuvre tous les moyens humains et pédagogiques afin de respecter l'engagement des professeurs: être chaque jour avec nos élèves, d'où qu'ils viennent, quel que soit leur niveau, leur religion, leurs problêmes. Gardons-nous à jamais de diviser la jeunesse en groupes et sous-groupes. C'est le début d'un engrenage fatal pour l'avenir...

Pour parvenir à cela, il faudra, je l'ai souvent dit et redit, changer de logiciel, c'est à dire d'organisation, de méthodes, travailler en équipes, intégrer les parents et le monde associatif, le monde culturel, ouvrir les établissements et non en faire des sanctuaires "barbelisés", que sais-je encore... Une révolution totale... Une révolution nécessaire... Une révolution obligatoire...


Lundi 22 février : J'accuse...

L'incendie est allumé. Il court de collèges en lycées. En Seine-Saint-Denis, les actes de violence se multiplient. Les médias s'emparent du sujet. C'est leur rôle.

Le Ministère lui aussi s'organise. On annonce des Etats Généraux sur le sujet de la "violence scolaire". Les guillemets s'imposent car je conteste l'expression "violence SCOLAIRE". Mais là n'est pas mon propos.

Je me souviens aujourd'hui des pamphlets ravageurs et outranciers de Jean-Paul Brighelli qui, de La fabrique du crétin à Fin de récré, a entraîné l'opinion (les parents / les élèves / certains enseignants) à croire que l'Education Nationale était devenue un repaire d'enseignants laxistes, feignants et surtout pédagogues. L'horreur absolue pour ces accusateurs publics ! Le titre Fin de récré à lui seul est une accusation grave qui jette en pâture les enseignants et les désigne à la vindicte populaire. Pensez-donc ! A l'école aujourd'hui, on s'amuse plus qu'on ne travaille ! Il faut donc siffler la fin de la "récréation" !

Alors j'accuse à mon tour les Brighelli, Lafforgue, Le Bris, Boutonnet, Polony et leurs suiveurs d'avoir affaibli le corps enseignant, d'avoir sali par des propos, des articles et des livres l'ensemble d'une profession. Et, ce faisant, d'avoir obtenu l'effet exactement inverse de celui qu'ils affirment rechercher. En effet, ils ont participé à la dégradation de l'image des professeurs en travestissant notre métier, en interprêtant des résultats, des statistiques, en faisant d'exemples souvent invérifiables une généralité nécessaire à leur démonstration. Quand un parent d'élève lit Brighelli, Polony et autres procureurs, il est forcément horrifié et est amené (obligé?) à penser que, décidément, ces professeurs ne font plus rien, ne sont que des suppots de la pédagogie "Meirieu", l'éternel bouc émissaire. Que les enseignants, "déformés" par les IUFM aujourd'hui supprimés, sont les vrais responsables du malheur annoncé.

Oui, j'accuse ces gens-là de s'être trompés. Et d'avoir trompé l'opinion. D'avoir surtout dévalorisé notre travail quotidien et d'avoir ainsi démoli la confiance nécessaire qui doit cimenter tous les intervenants de l'école : enseignants, parents, élèves, surveillants, personnels techniques, administration. C'est par le dialogue et non par l'invective, c'est par des propositions raisonnables et non par de vieilles recettes, c'est par des constats honnêtes et non par des interprétations, c'est par le dialogue et non par l'injure à peine voilée que l'Ecole trouvera les voies de l'apaisement.

Revenons à la raison bon sang ! Et soyons inventifs et audacieux !


Samedi 13 février : Peut-on aimer ses élèves ?

La question posée brutalement ainsi peut sembler iconoclaste, inutile, stupide. Certains répondront immédiatement "oui évidemment", d'autres "mais non voyons!"... Me posant la question aujourd'hui bien que mon interrogation ne date pas d'hier, j'ai trouvé bien difficile la réponse. Car "aimer" est un verbe tellement polysémique. On aime un film, un plat, un paysage, un livre, un homme, une femme. Que sais-je encore?

Mais un enfant, un adolescent, quand ils ne sont pas génétiquement les vôtres, peut-on les aimer ? La réflexion devient encore plus complexe quand il s'agit de vingt-cinq à trente enfants, multipliés par un nompbre "x" de classes. Ils ne sont plus seulement alors des enfants mais des élèves, toutes et tous différents, assis devant vous dans une salle, huis-clos dans lequel se déroule chaque jour une pièce dont vous êtes l'auteur, le metteur en scène, l'acteur et dons les élèves sont les spectateurs. Idéalement, il est bon, voire absolument obligatoire, de les faire participer au "spectacle". Un bien étrange spectacle au cours duquel c'est l' auteur/metteur en scène/acteur qui évalue son public. L'inverse est parfois le cas.

Mais revenons à note question. Avant d'aimer ses élèves, il faut, c'est l'évidence aimer sa matière et son métier. le montrer ! Leur montrer ! La chose n'est pas si simple quand vos élèves prennent plaisir parfois à vous faire perdre pied. Là est tout l'art du pédagogue qui, tel Cyrano faisant taire ses adversaires par le talent de son verbe, entend peu à peu s'éteindre les bavardages et les gloussements pour un silence non pas engourdi et porté par l'ennui, mais par celui de l'intérêt et bientôt du dialogue.

Alors, le professeur se prend à transmettre son savoir mais aussi à mettre en avant les compétences de Salim et de Cécile, de Pierre et d'Hélène. A susciter leur curiosité, à corriger telle erreur pour rebondir et poursuivre. Alors le professeur se met à aimer celles et ceux qui partagent ce moment privilégié de cinquante-cinq minutes au cours desquelles s'opére l'alchimie consistant à élever son auditoire vers des connaisances et des savoir-faire.

Oui on peut aimer ses élèves. Il ne s'agit pas d'une obligation. Ce serait une erreur. C'est un "amour" qui se mérite et qu'il faut aller chercher sans cesse. En suant sang et eaux ! Non pas, surtout pas, pour en tirer une quelconque vanité prsonnelle, mais pour transformer un enfermement en une évasion vers la découverte de terres inconnues quelques minutes auparavant.

Aimer ses élèves, c'est aimer son métier. Enseigner c'est vivre ai-je écrit un jour. C'est vivre sa passion et la mettre à nu devant eux. Il faut mettre son âme et ses tripes au coeur de la séance. Cela s'apprend. Il faut être même d'une indécence contrôlée. Se donner sans se laisser prendre... Les prendre sans les violenter. Sans rien laisser passer non plus... Un exercice permanent d'équilibriste...

Evidemment, j'entends d'ici, et je les comprends, mes collègues chaque jour confrontés à des élèves "difficiles" au point de ne plus les supporter. L'actualité bruisse depuis longtemps de ces appels au secours de professeurs insultés, bousculés, frappés parfois. Il serait inconvenant de ne pas en faire cas. Et ceux-là, à juste titre, pourraient me dire: "Et l'amour dans tout ça ? A quoi sert-il ?"... Terrible question quand la réponse serait : "A rien!"...

Peut-être, je dis bien peut-être faudra-t-il un jour avoir le courage politique de faire de l'Ecole, dès la maternelle, non pas un sanctuaire mais un lieu des réapprentissages des repères perdus par des enfants perdus au milieu de nulle part. Irrécupérables dit-on en parlant de ceux-là... Je me refuse et me refuserai toujours à baisser les bras... Je ne peux pas, viscéralement, ne pas les aimer...


Samedi 30 janvier : Un nouveau concept : l'élève "vrai"...

Comme j'en ai pris l'habitude, voici le second texte de ma jeune collègue stagiaire IUFM, à laquelle je laisse volontiers la parole une fois par moi ici même.
Christophe


Lors d'un repas de midi dans la salle de restauration réservée aux professeurs... Les collègues sont en train de parler d’une des classes dont j'ai la responsabilité en mathématiques et, plus particulièrement, de certains de ses élèves, très brillants, notamment l'une d’entre eux. C’est alors qu’un des professeurs affirme à son sujet : « Elle, au moins, c’est une vraie élève ! ». Grand silence. Je croise le regard affligé d'un autre collègue qui me dit à voix basse : « Ah ! Je ne savais pas qu’il y avait de faux élèves. »
J’ai poursuivi mon repas la gorge serrée en pensant que, malheureusement, il y avait encore des enseignants qui pensaient ainsi. D’ailleurs, aucun autre professeur n’a réagi ou personne n’a osé, moi la première ! J’entends dire aussi parfois : « Il ne fait pas son boulot d’élève, je ne ferai donc pas mon métier de prof ! » Nous avons eu et avons, tout au long de notre carrière, une formation pour pratiquer notre métier (ce qui ne sera plus le cas bientôt !), il n’en existe pas pour devenir un « vrai » élève ou, du moins, un élève conscient que ses apprentissages requièrent une certaine méthodologie. Il me semble légitime et obligatoire de les accompagner dans ce lourd travail, car, bien souvent, un élève qui est "perdu" ne sait pas travailler. Comment fait-on pour apprendre une leçon ? Comment « s’entraîner » pour le prochain contrôle de mathématiques ? Par où commencer ? Et plus simplement, que veut dire « apprendre sa leçon »? Cela signifie-t-il l’apprendre par cœur, la maîtriser pour l’employer dans un contexte différent ? Face à toutes ces questions, il est normal que nous montrions et disions de manière claire aux élèves ce que nous attendons d’eux. C’est pour cette raison, me semble-t-il, que l’évaluation, non pas par une note (qui tombe comme un couperet et qui ne reflète qu'une partie de cette évaluation) mais par les compétences, trouve son sens.
Pendant ma scolarité, à chaque devoir-maison, à chaque contrôle, le couperet tombait. On devait être prêt au moment de l’interrogation, au moment où le professeur avait jugé bon de nous évaluer. Si untel ou untel avait eu besoin de deux heures supplémentaires pour comprendre, c’était trop tard ! Il fallait LA note ! Mais que signifie un 10/20 ? Que l’élève connaît la moitié de ce qu’il aurait dû savoir ? Ou la moitié de ce que l’enseignant attendait de lui ? J’ai peur que ce ne soit ni l’un ni l’autre ! Lors d’une interrogation, au moment où un élève a terminé et que je m’apprête à prendre sa copie, je la regarde et si je vois des erreurs je n’hésite pas à lui dire « relis bien la consigne de cette question ». Ils ont au départ été surpris que j’intervienne de cette façon pendant le contrôle (noté), maintenant c’est devenu « « normal » et ils guettent ma réaction quand je regarde leur copie. Je veux pouvoir laisser cette possibilité à un élève qui a lu trop rapidement l’énoncé, qui n’était pas concentré à ce moment-là, la possibilité de « retenter » et, généralement, ils sont plutôt reconnaissants car c’est aussi une manière de leur indiquer que l’interrogation n’est pas faite pour les piéger mais pour les faire raisonner et les mettre en action devant une situation.
La mise en place d’un socle commun de connaissances et de compétences pour les collégiens dès l’année prochaine favorisera peut-être cette réflexion à mener sur l’évaluation des élèves qui me donne, à chaque fois, beaucoup de fil à retordre !


Hélène Michelotto
Stagiaire IUFM
Certifiée Mathématiques


Mardi 26 janvier : Petite lettre d'adieu aux stagiaires d'IUFM


Chers collègues,

Notre Ministère ayant acté le fait qu'enseigner est un métier qui ne s'apprend pas, j'adresse cette "lettre" aux derniers stagiaires IUFM actuellement en situation de formation dans divers établissements scolaires auprès de leurs dévoués tuteurs. Les derniers puisque votre "espèce" est condamnée... à mort !

Adieu donc à vous toutes et tous qui avez choisi ce métier en ayant la conviction qu'il doit s'apprendre. Et qui l'apprenez avec passion, détermination, sérieux et courage. Manifestement ces qualités-là ne suffisent pas à nos décideurs. Plus exactement elles sont, à leurs yeux, parfaîtement superflues. Inutiles. Encombrantes. Dispendieuses...

Surtout dispendieuses... Car dans un Ministère, qu'est-ce que la passion de la transmission des savoirs comparée à des chiffres, des pourcentages, des courbes ? On compte dans les bureaux de Matignon et de la rue de Grenelle... On aime et on sue dans les écoles... Chacun ses problêmes...

Adieu aux Hélène, Vincent, François, Tahar, Mélissa, adieu à vous qui étiez le sang neuf de notre profession. Un sang vivifiant et mobilisateur. Aux anciens, à ceux en tout cas qui s'intéressaient à vous, vous apportiez vos enthousiasmes, vos doutes aussi et nous partagions ensemble. Cet échange demain n'existera plus. Effacé d'un trait de plume...

Avec vous, on enterre aussi les IUFM. Ces repaires de pédagogues, "pédagogistes" responsables de tous les malheurs avérés et supposés de l'Ecole. Puisque point n'est besoin de formation, autant détruire les outils ce cette même défunte formation... Pensez-donc: vous étiez "contaminés" par les Meirieu et autres chercheurs ! Les Sciences de l'Education ne proposaient que des gadgets ! A tout cela il fallait mettre un terme...

Bien entendu, nos futurs collègues, sans formation autre qu'académique et encyclopédique, devront eux-aussi être accueillis avec bienveillance par les anciens. Ils ne sont pas responsables de cette fin programmée, décidée. Notre devoir sera même de les aider. Ils vont en avoir besoin !

Tout cela est plus qu'absurde : c'est triste!

Je ne peux m'empêcher de penser à toi, Hélène, "notre" stagiaire, à ton sérieux, à ta conviction, à ta curiosité, à ta volonté d'apprendre, à ton amour du métier et des élèves, à l'attachement à ta matière, les mathématiques. A travers toi, c'est tout un pan de l' Histoire de l'Education qui va disparaître.

Prends conscience de ta chance... Les futurs enseignants n'en bénéficieront pas... Hélas...

Adieu donc et sans désespérer de l'avenir car je suis un éternel optimiste, utopiste et rêveur, préparons-nous à un futur pour le moins difficile...


Dimanche 17 janvier : Chronique de la vie d'une étudiante ordinaire

Vous l'avez sans doute croisée dans un escalier, dans un couloir de cette Université. Vous étiez assis à côté d'elle ou vous lui faisiez face en disant votre cours. Au milieu de cet amphithéâtre bondé, vous l'avez vue... Pas regardée... Vue comme tant d'autres... Elle s'appelle comment déja ? Céline, Hélène, Camille ou Dorothée ? Vous ne savez plus. Elle est une de vos étudiantes ordinaires. Ni plus, ni moins... Aucun chame particulier... Ou vraiment une étudiante ordinaire...

Et puis un jour, en plein milieu d'un oral que vous lui faisiez passer, elle a craqué : "Je n'en peux plus Monsieur de devoir payer mes études en faisant des passes à 100 euros de l'heure!"
Et elle s'est effondrée, puis a pris son sac, très vite... Vous avez à peine eu le temps de vous précipiter dans le couloir... Elle avait disparu... Vous ne l'avez jamais revue...

On ne sait pas aujourd'hui combien d'étudiantes (plus rarement d'étudiants) se prostituent - car il, s'agit bien de cela - pour payer leurs études. Les seuls éléments disponibles sont les offres de "services" qui pullulent sur les sites de rencontres et qui commencent pas : "Etudiante sexy et dans le besoin recherche moments agréables...". Le Ministère de la Jeunesse et des Sports, qui a créé un site Internet ( passe-passe.org ) pour prévenir les jeunes des risques liés à la prostitution) parle de 5000 à 50 000 cas de prostitution étudiante. En clair, on ne sait pas ! On ne sait pas mais cela existe ! C'est incontestable. Comme est incontestable le fait que la tendance est à l'augmentation des cas. La crise n'explique pas tout mais elle n'arrange rien.

Ce dimanche, à 20h45, CANAL + diffuse une fiction tirée de l'histoire vraie racontée par Laura D. dans un livre magnifiquement écrit et intitulée Mes Chères Etudes, Ed Max Milo, Paris, 2008. Vous plongerez dans un monde d'où le plaisir est exclu, rayé, nié, bafoué, un monde qui est à vos portes, au bas de votre escalier, peut-être dans l'appartement de votre si sage voisine, étudiante, prostituée...
Et terriblement seule !

PS : pour rappel, le racolage en ligne est interdit et passible de deux mois d'emprisonnement et de 3750 euros d'amende. Pour certaines étudiantes, cela se termine ainsi...


Mardi 8 décembre : Et l'élève dans tout ça ?

TOUT projet éducatif d'envergure sera ambitieux ou ne sera pas. Il devra lever les verrous qui bloquent notre école. Que risquons-nous ? Rien ! Et pour renverser ces tabous, il faut un guide, une petite étoile, celle qui guide sur les routes difficiles. Cette étoile a un visage : celui de l'ELEVE ! Entre autres bien évidemment !

Mais quel élève? Celui que connaît l' administration centrale, c' est l' élève moyen. Celui qui serait tout à la fois :

• le lycéen d' Henri IV à Paris
• le jeune beur de Clichy sous Bois
• la petite fille surdouée de Carpentras
• le grand espoir du basket au lycée de Vichy
• la petite dyslexique du CM1 de Riom
• le fou d' informatique du lycée professionnel de Dieppe
• la jeune chinoise sans papiers depuis trois mois à Besançon
• la petite ado de Lyon qui ne rêve que de la Star Ac'
• le génie hyper actif de la maternelle de Melle
• le bon-en-maths-mauvais-en-français (ou inversement) de La Rochelle
• le rebelle décrocheur de Gennevilliers
• le jeune violoncelliste d' Orléans
• etc...

Ils sont 12 millions comme ça et chacun est un cas particulier. La Loi d' orientation de 1989 a permis de passer d'une logique de l' offre de formation à une logique centrée sur l' élève (beaucoup plus que l' "élève au centre du système", formule tant reprise et décriée) et sur la réponse à ses besoins. Les intentions sont là mais l'Education n'en a pas tiré les conséquences. Et tout particulièrement, elle a «oublié» de prendre les mesures nécessaires à la personnalisation de l' enseignement.La personnalisation consisterait à fonder l' ensemble de la structure et du fonctionnement d' un établissement scolaire sur la base de ce qui est nécessaire pour la progression optimale de tous, en identifiant et en respectant les différences. Chaque situation particulière devra être prise en compte (surdoués; hyper actifs; handicapés; jeunes artistes; enfants vivant une situation familiale particulière; etc...). Nous évoluons aujourd' hui dans une logique inverse, les élèves ayant pour fonction de remplir des cases administrativement créées alors qu' il faudra construire et déconstruire les cases suivant le besoin des élèves.

Pour personnaliser, l' enseignant devra être formé pour apprendre à détecter les différences, à adapter son enseignement par des pédagogies différenciées qui ont fait leurs preuves. Tel enfant de CP a peut être besoin de la méthode globale pour apprendre à lire; tel autre aura besoin de la syllabique, d' autres encore de méthodes mixtes. Construire une méthode pédagogique en fonction de nos élèves plutôt que de plaquer la même méthode à tous. Voilà une autre proposition à porter. C'est une révolution, non pas du "système", mais du logiciel qui lui sert de moteur.

Dernière étape à franchir : modifier l' organisation des établissements en fonction de chaque élève. Et c' est possible! Cela consisterait à généraliser une forme de « discrimination positive » dont voici quelques illustrations :

• tel élève a besoin quelques temps d' un encadrement individuel ou d'un tutorat,
• tel autre a besoin d'un travail en petits groupes (c'est ainsi que fonctionnent les cours de langues pour adultes, avec des résultats remarquables),
• pour tel cours ou telle activité, le travail en classe a lieu d'être,
• pour tels autres, le travail en classe n'a pas lieu d'être,
• la vitesse de chacun, que ce soit la vitesse choisie par l'enseignant comme celle subie par l'élève, doit être modulable. Et dans ce cas là, le redoublement, dont l'inefficacité est unanimement reconnue aujourd' hui, n'a plus lieu d'être non plus.

La mise en place d'enseignement personnalisé, comme cela existe dans la formation continue, pourrait être expérimentée pour l'apprentissage de l'anglais. Ce qui, soit dit en passant, permettrait d'atteindre l'objectif défini pour les langues vivantes par l'audit de modernisation de 2006 : (que tout le monde fait mine de ne pas connaître) : « 100 pour 100 des lycéens français doivent avoir obtenu leur certification B2 (utilisateur autonome) à l' horizon 2010 dans au moins une langue vivante ». (Source : Rapport sur la grille horaire des enseignements au lycée général et technologique : mission d'audit de modernisation. Inspection Générale des finances, Inspection Générale de l' Education Nationale, La Documentation Française 2006)

Dans le système actuel, avec notre mode d' organisation des établissements scolaires, avec nos impératifs d'enseignement et avec nos habitudes, malgré 1000 heures d'enseignement tout au long de la scolarité, l'objectif fixé par cet audit est tout simplement utopique. Comme beaucoup d'autres !


Mardi 1er décembre : Internet, un procès d'un autre âge !


Depuis quelques temps déja, quelques intellectuels comme Alain Finkielkraut ou des politiques comme Jean-François Copé, s'en prennent en termes très violents à Internet. Pour le premier, "le web est la poubelle de la démocratie" ; pour le second, c'est "un danger pour la démocratie". Bien d'autres encore sont cités cette semaine dans l'enquête menée par Le Nouvel Observateur pages 12 à 20. Pour tous ces procureurs, Internet est un danger. Bien entendu, aucun n'en demande l'nterdiction ! Mieux même, la majorité d'entre ceux-là dispose d'un blog où ils publient de longs articles, dont certains fort intéressants.

Ce procès en rappelle d'autres, d'autres âges... Celui qu'on fit à Gutenberg, "inventeur" de l'imprimerie en occident ; celui qu'on fit aux philosophes des Lumières coupables, forcément coupables, d'ôser vouloir rendre accessible la culture au plus grand nombre. Ces hommes là faisaient peur, déja, aux détenteurs des savoirs. Peur d'en être dépossédés...

Le procès actuel fait à Internet n'a pas de sens. Pas d'autre objectif à mes yeux que de voir une nomenklatura parisienne se réapproprier les outils de la diffusion des savoirs. Oh bien entendu, on trouve tout sur Internet. Le meilleur mais aussi le pire. N' est-ce pas AUSSI le cas dans n'importe quelle librairie ? Même de qualité. Aux cotés de joyaux littéraires, on peut sans problême lire des stupidités absolues ! Doit-on exiger la fermeture immédiate de toutes les librairies de France ?

Internet est un outil de plus. Il convient de l'enseigner, de l'apprivoiser, de l'utiliser avec toute la distance critique nécessaire. Cela s'apprend. Cela doit s'apprendre dès l'Ecole. Le procès des Finkielkraut et autre Copé est un combat perdu et inutile. Il pointe les dérives, et seulement les dérives, du net. Il accuse à charges et seulement à charges. Est-ce là une belle image du débat démocratique ? Du débat que tout intellectuel doit avoir d'abord en lui-même afin de ne pas sombrer dans l'inquisition.

Le net, Internet, la toile, le web, appelons le comme on veut, regorge de merveilleuses pépites. Il permet aussi les contre-enquêtes comme celle menée ici au sujet d'un récent "fait-divers éducatif" :

http://www.letudiant.fr/etudes/lycee/contre-enquete-sur-laffaire-des-lyceens-qui-voulaient-changer-de-prof-a-jean-lurcat-19803/contre-enquete-sur-laffaire-des-lyceens-qui-voulaient-changer-de-prof-a-jean-lurcat-18670.html

Alors messieurs les procureurs, inquisiteurs, auto-proclamés propriétaires de la "vraie" et seule culture, s'il vous plait, un peu de modestie ! Vous n'êtes possesseurs de rien, de rien d'autre que vos brillantes compétences que nul ne conteste, que vous savez pourtant partager vous aussi sur le net. Que vous DEVEZ partager ! Le procès en sorcellerie, les anathèmes récurrents que vous lancez sur les plateaux de télévision ou dans la presse quotidienne ne font qu'alimenter...la toile ! Et vous en êtes en général fort satisfaits ! Cela augmente en général vos chiffres de vente...

Je vous lance donc ce défi : supprimez vos blogs! N'intervenez plus sur AUCUN site Internet ! Exigez l'interdiction de toutes vos publications sur la toile ! J'attends...


Dimanche 22 novembre : Hélène ou "la conteuse de mathématiques"

Depuis quelques temps déja j'avais envie de partager la parole. De travailler en équipe... En collège ou en lycée ce travail est rendu quasi impossible par l'organisation même des emplois du temps qui laisse peu de place à autre chose que des discussions agréables mais rapides autour de la machine à café. Sans parler des lieux absolument pas pensés pour permettre de fructueux échanges, non seulement entre enseignants mais aussi entre tous ceux qui interviennent, de près ou de plus loin, dans l'éducation des élèves.

Alors, une fois par mois, je laisserai ma place à une jeune collègue, encore stagiaire IUFM mais dans le grand bain à plein temps dès l'année prochaine. Ce qu'elle dit, la manière qu'elle a de le dire me semblent dignes d'intérêt à l'heure où, nous affirme-t-on, le métier d'enseignant ne s'apprend pas...

Christophe Chartreux


                                 
Toute nouvelle recrue de l’éducation nationale (à un remplacement près l’année dernière pendant trois mois), j’avais envie de parler des élèves et de leur rapport aux mathématiques. De tous les professeurs que j’ai pu avoir, aucun n’a réussi à éveiller ma curiosité. Les mathématiques étaient une vieille chose figée qui était née à un instant "t" et tout de suite morte après. Tout cela venait d’où ? Mystère ! Les nombres étaient apparus d’un coup de baguette magique, comme les demi-droites, les parallèles et les drôles de propriétés qu’on devait apprendre. Comme si tout cela était naturel. Je ne voulais pas être prof de maths au départ, mais professeur des écoles, ce métier me paraissant plus varié. Et puis finalement j’ai préféré travailler avec des ados. Vendredi, premier cours avec les sixièmes depuis les vacances de Toussaint. Sur mon casier : "Prévention contre le tabagisme" annulée ! Evidemment, pendant les vacances j’avais planifié mes cours en fonction de mes activités et des salles à ma disposition. Je rallonge donc d’une séance le chapitre.

Sur le moment, je rogne comme tout professeur qui se respecte (je commence à prendre des mauvaises habitudes) puis émerge l’idée de continuer en douceur cette partie du programme. Ainsi, lors de la prochaine séance pourrai-je faire des activités plus ludiques et définitivement plus intéressantes que ce qui est actuellement en cours (perpendiculaires et parallèles), même si (j’ai de la chance!) c’est une classe qui aime assez les maths et en particulier la géométrie. Je leur annonce le programme : « On finit la fiche d’exercices, on écrit une phrase dans le cours et ensuite nous passerons à une activité qui je pense devrait vous plaire ». C’est alors que la magie opère : Matthieu, Chloé, Valentin, Emmanuel, Charlotte, les plus faibles comme les plus forts, finissent en quelques coups de crayon la fiche d’exercices et le moment de l’écriture du cours se fait dans un silence anormalement religieux. Ensuite je leur projette au tableau des illusions d’optique... Surprise des élèves. Puis je leur annonce « maintenant on va essayer de faire cette figure ». Je leur projette alors une tête de hibou au tableau. « Ouaaaaah! » Petit plaisir de prof. Le lendemain, Matthieu, élève avec qui le début d’année n’a pas été évident, vient me voir pour me dire qu’il a finit sa tête de hibou la veille et Charlotte m’offre très gentiment une illusion d’optique qu’elle a faite elle-même. Grand plaisir de prof. Petite pensée à mes anciens enseignants auxquels j’ai dû demander une centaine de fois « à quoi ça sert les maths ? », question qui ne vient même pas à l’idée des élèves quand on leur explique par exemple l’origine des nombres ou quand on leur montre l’utilité de la géométrie pour faire de jolies figures (uniquement pour le plaisir des yeux).

Je me rends compte que c’est maintenant que je prends du plaisir à faire des maths. C’est maintenant que je découvre tout ce qu’il y a derrière, l’histoire des maths, comment sont nés les nombres, d’où viennent ces mots qu’on utilise en permanence (perpendiculaire, cercle...). Les mathématiques sont avant tout à conter aux élèves, pour susciter leur curiosité et leur montrer que leur Histoire remonte aux premiers hommes (eh oui, les hommes préhistoriques avaient déjà leur propre système de numération) et qu’elle est encore aujourd’hui en constante évolution.

Hélène Michelotto
Professeur Certifiée Mathématiques/Stagiaire IUFM


Dimanche 15 novembre : De la pitié avant toute chose ?

L'air du temps est de plus en plus vicié par une pollution nouvelle à laquelle même l'écologie ne fait pas allusion : la pitié. La pitié dont se pare le Président de la République entraînant à sa suite en bataillons zélés les Ministres intègres, les militants fidèles jusqu'aux français "moyens" trop heureux de partager un sentiment si noble qu'on ne pourrait discuter au risque de passer pour le pire des égoïstes.

Pourtant cette pitié médiatiquement entretenue ne se vit pas au quotidien. On partage de moins en moins. Votre voisin de palier peut mourir demain. Peut-être ne vous en apercevrez-vous même pas ! On entend les sanglots longs d'un Président toujours prompt à faire don de sa compassion. Comment d'ailleurs ne pas accompagner cette compassion ? La Victime est un "produit" vendeur... Et c'est atroce ! On va jusqu'à l'Ecole primaire pour oser envisager parrainer un enfant victime de la Shoah (le projet fut heureusement abandonné sous la pression de l'immense Madame Simone Veil) ou pour faire lire chaque année la lettre, admirable, de Guy Môquet...

Je relisais il y a quelques jours Hana Arendt. Dans Essai sur la Révolution, celle-ci évoque la "cruauté de la pitié". De cette pitié qui travestie en vertu, uniquement en vertu, devient alors complice des excés de violences les plus inacceptables. Robespierre fut vertueux au point d'en devenir lui aussi assassin. Espérons ne pas un jour en arriver là... Ne pas en être déja là...

Le monde, chaque jour, est secoué par le drame : individuel et collectif. Ici un salarié se suicide, vaincu par la "pression" ; là un tsunami, un attentat emporte cent, mille, dix-mille personnes dans la mort. Là encore, un fou furieux poignarde au hasard quelques passants innocents. Et la presse, c'est son rôle, relaie et bouleverse l'opinion. Nos gouvernants alors s'emparent de la pitié, victimisent à outrance et s'en vont justifier, de plateaux en micros et à longueur d'articles, les répressions à venir... Puisque l'opinion le demande et pleure avec le pouvoir, donnons-lui de quoi étancher sa soif de lois qui peu à peu deviennent liberticides. Les lois vertueuses dictées seulement par une compassion permanente sont dangereusement contraires aux buts qu'on leur assigne. Une loi n'a pas à répondre à l'opinion.

Elle doit prévenir en amont pour empêcher l'aval des punitions judiciaires qui remplissent nos prisons sans régler jamais le moindre problême ! Pire, elles en créent d'autres! Alors s'empilent des propositions de lois, puis des lois, puis des décrets d'application de Lois certains JAMAIS signés ! Et disparaissant dans l'oubli...

Un monde décidément... impitoyable !


Dimanche 8 novembre : Du désir à la pulsion

Je viens de lire un ouvrage, passé trop inaperçu à mon goût, écrit par Bernard Stiegler (philosophe) et Serge Tisseron (pédopsychiatre), intitulé : Faut-il interdire les écrans aux enfants ?, Edition Mordicus. Alors qu'aujourd'hui un enfant de 12 ans passe 1200 heures par an dévant un écran de télévision, et de télévision seulement, quand il n' en passe que 900 à l'école, toujours pendant un an, la question mérite en effet d'être posée.

Pour Tisseron, la télévision ne présente pas les dangers que beaucoup lui attribuent. L'enfant contemporain, né après l'arrivée des nouvelles technologies informatiques, maîtriserait bien mieux que ses parents et à fortiori ses grands-parents l'outil "télévision". On parle même, pour cette génération, de Digital Natives.

Le discours de Bernard Stiegler est tout à fait à l'opposé. Il n'hésite pas à parler d'addiction aux écrans. Une addiction alimentée par les professionnels du marketing qui, par des méthodes savantes, sont parvenus à remplacer le désir par la pulsion. Les cibles visées sont, en outre, de plus en plus jeunes. J'ai par exemple découvert récemment l'existence d'une chaîne dont les programmes sont exclusivement destinés aux 3 mois / 3 ans ! (Baby First TV). On entre là ans le "Digital NEW Natives"! A quand des émissions que pourraient suivre nos bambins avant même leur arrivée dans ce monde quand même passablement fou ?

Les pouvoirs publics seraient bien avisés de réfléchir, de proposer, de légiférer afin de rendre au désir la place qu'il perd peu à peu, qu'il a perdu pour toute une génération. Entendre nos députés débattre du désir... Voila qui ne pourrait qu'attirer les... caméras ! Mais, avant de légiférer, sans doute serait-il temps que l'Ecole, oui encore elle, s'empare de cet apprentissage de l'écran. Le monde associatif, l'Education Populaire pourraient, en même temps, informer et instruire des parents qui, chaque matin, allument la petite lucarne, machinalement, comme on appuie sur le bouton de la machine à café... par pulsion. Quand ce ne sont pas les enfants eux-mêmes scotchés, télécommande en main, devant des programmes souvent affligeants dont on a même supprimé les génériques afin de maintenir nos chérubins "en éveil"... Afin, aussi, de leur imposer des publicités elles-aussi très ciblées.

Lisez ce petit livre qui confronte deux visions et faites votre choix... Le mien est fait... A la pulsion, je préférerai toujours le désir !


Jeudi 5 novembre : Sur "l'identité nationale"

"Dans mes classes, lorsqu'on aborde même de loin ce sujet, les petits immigrés rigolent en disant:

" Nous on n'est pas français, on est là par hasard "

Ceux qui sont français d'origine immigrée disent:

" Moi je suis français mais c'est comme ceux qui ne le sont pas !" " C'est bien pour l'égalité mais c'est de la théorie , on est arabe et on le reste "

Ce qui les intéresse c'est leur avenir professionnel, leur pouvoir d'achat. La nation ils s'en foutent. Ils savent qu'elle n'est pas pour eux. Sauf peut-être le sentiment d'appartenir à une communauté de beurs pour partager le racisme, l'echec scolaire etc...

Je ne pense pas qu'il faille se saisir de ce débat "bessonneux et bessonard"

Il vaut mieux que cela fasse flop ! Car les vrais sujets sont ailleurs."

Tels étaient les propos d'une amie internaute. Ils se terminent par l'affirmation suivante : "Les vrais sujets sont ailleurs". Beaucoup pensent et disent, en effet,que les "vrais sujets" sont ailleurs. Mais il y a autant de sujets importants que de Français. Et établir une échelle "d'importance choisie" entre tel ou tel sujet revient à toujours mépriser celle ou celui qui n'est pas touché par le thème en question.

Même la presse semble en contradiction avec elle-même. Un seul exemple le 3 novembre. Libération consacre une partie de sa "une", les pages 10 et 11 entières, une page entière encore en rubrique REBONDS (page 20), au débat sur l'identité nationale. La plupart du temps pour nous dire aussi que les vrais sujets sont ailleurs. La "privatisation" de la poste par exemple. Voila un sujet qui touche tous les français, au coeur du quotidien. Sauf que ce sujet passionnant fait... cinq lignes et demi avec une photo d'Aubry page 15. En clair, Libération, comme l'immensité des "penseurs" de gauche ne veut pas de ce débat mais ne parle que de ça ! Comme toute la presse écrite, comme toutes les radios, comme tous les sites internet dont les articles sur le sujet "Identité nationale" font le plus de "buzz". Les "vrais sujets sont ailleurs" ? Peut-être... Mais attention ! Il existe un rapport très étroit entre les valeurs (et symboles) de la République et le pouvoir d'achat. (ou tout autre sujet du "quotidien").

Revenons un instant à mon amie internaute qui me dit ceci (et elle est loin d'être la seule) : "Ce qui les intéresse c'est leur avenir professionnel, leur pouvoir d'achat. La nation ils s'en foutent. Ils savent qu'elle n'est pas pour eux. Sauf peut-être le sentiment d'appartenir à une communauté de beurs pour partager le racisme, l'echec scolaire etc." Les derniers mots sont terriblement vrais, hélas. Ce qui prouve que ces enfants-là ont un problême avec l'"identité", même pas nationale. Non ! Leur identité dans la communauté nationale. Avec leur identité d'enfant au milieu d'autres enfants.

Identité dont le problême - et c'est le discours majoritaire auquel je veux ici apporter un bémol sans le contredire en totalité - serait réglé par la résolution des questions sociales. Donnez leur du pouvoir d'achat et tout sera réglé ! Je caricature la pensée de mon amie internaute mais c'est quand même ce que je lis ici, là et partout ailleurs. La question sociale serait à elle-seule la clef unique permettant de surmonter le débat bessonien. Elle en est une clef, une parmi d'autres clefs, dont celle d'un attachement compris et expliqué aux symboles d'une République généreuse, ouverte et métissée.

Mais nous vivons une époque d'individualisme social. Dire et accepter que seul le pouvoir d'achat pourra rendre à tous les exclus (car il n'y a pas que les immigrés ou d' "origine immigrée" qui appartiennent à cette catégorie multiple d'exclus) leur dignité de citoyen reconnu par la communauté, c'est accepter et encourager cet individualisme social dans lequel chacun se compare et s'étalonne en fonction du nouveau "dieu" : le pouvoir d'achat. Que les enfants de la classe de ma collègue s'intéressent à leur avenir professionnel et à leur pouvoir d'achat, quoi de plus "naturel" ? Je le conçois et le comprends absolument. Hélas, le danger vient du fait qu' il ne reste que cela à des enfants dont les repères sont les étalages des rayons de supermarchés ! On a abattu, et nous en sommes satisfaits dans une République laïque, les théocraties. Il n' y a plus de Dieu au-dessus de nos têtes capables d'acueillir nos colères comme nos espérances. En tout cas à l'école publique et laïque, Dieu est mort.

Mais un autre l'a remplacé. Il s'appelle "consommation". Exister, pour certains élèves ou adultes, c'est d'abord consommer, acheter, posséder. La seule valeur reconnue, c'est la paire de NIKE ou le dernier blouson ADIDAS. NIKE et ADIDAS, entre autres marques, devenus les nouveaux anges.

En clair, nous sommes aujourd'hui, sans repères ni valeurs autres que celles décrites ici, dans le "capitalisme pulsionnel" cher au philosophe Bernard Stiegler. Mais un capitalisme pulsionnel qui se heurte en même temps, de manière frontale, violente et explosive aux limites du consumérisme, consumérisme parfaitement compris par nos élèves, encouragés par les professionnels du commerce qui par le biais du packaging ou de l'agencement des rayons poussent les parents à céder aux pulsions de leurs chères têtes blondes, brunes ou autres.

Alors, quid des symboles de la République? Je pense que ces symboles peuvent et DOIVENT, par l'Ecole, par l'Education Civique (matière délaissée y compris par l' Education et par bon nombre d'enseignants, il faut le dire), apporter un "plateau d'équilibre" à la seule pulsion mobilisatrice de l'esprit aujourd'hui : la pulsion d'achat. Je suis persuadé que donner toute sa place aux symboles d'appartenance à une communauté dite "nationale", et la donner à toutes et à tous, permettrait, non pas de résoudre tous les problèmes liés à l'exclusion, mais, au moins, d'offrir à ceux-là qui n'ont plus QUE le pouvoir d'achat comme preuve de leur existence d'en avoir d'autres (car je ne nie pas l'importance SOCIALE du pouvoir d'achat) qui soient d'autres preuves de leur existence tout court parmi la communauté nationale. Et ces autres valeurs, pulsionnelles aussi mais sur la durée ont leur place dans les symboles suivants :

  • L'Ecole publique
  • La Langue
  • La Laïcité
  • La Liberté
  • L'Egalité
  • La Fraternité
  • L'Hymne national (non pas comme un chant de guerre mais bien comme un chant d' union)
  • Le Drapeau

Délaisser ces symboles, les mépriser, les cacher, s'en détourner par peur de dérives nationalistes, c'est l'assurance d'offrir les générations futures en sacrifices au nouveau Dieu : le consumérisme. Il y aura BEAUCOUP de victimes !


1er novembre : Reprenons le flambeau de Blum

Dans les banlieues (que je connais très bien pour des raisons de vie personnelle), le débat sur l'identité nationale est très attendu. Car si les Dupont-Durand n'ont aucun problême d'identité nationale, il faudrait quand même comprendre que les Tarik-Boubacar en ont et en souffrent tous les jours ! C'est eux qui vivent dans les cités HLM dortoirs où pas un seul moralisateur anti-débat (Moscovici et Mamère en tête) ne voudrait déménager pour y vivre, ne serait-ce qu'un mois !

C'est eux dont les enfants sont dans des écoles ghettos où les profs (je sais : je suis prof d'Histoire-géo en collège) enseignent les symboles de la République et s'entendent répondre : "M'sieur, on s'en fout de vos symboles ! C'est pas notre République !". Ecoles et collèges-ghettos renforcés par la carte scolaire "nouvelle formule" que nos chers syndicats n'ont que très timidement contestée. Jamais entendu le moindre mot d'ordre de grêve contre ça. Par contre, "Des moyens ! Des moyens !", ça oui ! On ne dit jamais pour quoi en faire mais il faut des moyens ! C'est un dogme !

C'est eux qui sifflent (60 000 sur 80 000 spectateurs) la Marseillaise. Non d'ailleurs ! Ce n'est pas la Marseillaise qu'ils sifflaient ce soir-là au Stade de France, mais cette France qui les rejette tous les jours avec maintenant une gauche qui a peur de s'emparer du débat pour ENFIN faire le procès de la politique de Besson et autres ! Emparons-nous justement de cette "grenade" que Besson nous offre sur un plateau ! Investissons les réunions ! Retournons le miroir vers leurs défauts ! Vous verrez alors notre cher Besson trembler sur ses bases. Reprenons le flambeau de Léon Blum (ça dit quelque chose à Moscovici et au PS ça?) qui retourna le procès de Riom contre Vichy et l'occupant à tel point que les audiences furent suspendues !

Au lieu de ça, certains à gauche nous disent sans rire : "Mais non, il n'y a pas de problêmes d'identité nationale !" Allez dire ça dans les cités ! Vous vous faites casser la gueule ! Bien sûr que si, il y a des problêmes d'identité nationale !

Enfin si nous parlions d' "identité citoyenne et sociale" à Besson ? En lui posant ces quelques questions :

- Pourquoi les prisons françaises sont-elles remplies de jeunes immigrés ou Français issus de l'immigration alors que les universités et grandes écoles n'en accueillent que très peu ?

- Pourquoi la Police ne contrôle-t-elle que les français d'origine immigrée à la sortie des gares de banlieue ?

- Pourquoi les offices HLM orientent-elles systématiquement les familles d'origine immigrée vers les cités-ghettos ?

- Pourquoi les collèges-ghettos ont-ils les résultats les plus faibles ?

Tant d'autres questions encore qui ont des réponses et des solutions !

En avant bon sang ! La droite vient de commettre une erreur tactique monumentale ! Que la gauche n'y ajoute pas la honte du ridicule par le silence ! (Merci à Ségolène Royal d'avoir été l'une des rares à gauche à dire qu'il fallait s'emparer ce de débat pour justement faire le procès d'une politique d'immigration, d'une politique tout court. Elle n'a pas peur, elle...)


29 octobre 2009 : Identité nationale ou "identité citoyenne"

Eric Besson a donc décidé de relancer le débat au sujet de l'identité nationale. Oublions un instant les arrière-pensées électoralistes évidentes. Ce débat (qui sera organisé sur le modèle de la Démocratie participative : consultation des citoyens ; remontée des débats par les préfectures ; synthèse) peut être intéressant, même s'il est très dangereux. Dangereux pour le gouvernement et le Président de la République qui vont ainsi démontrer, à leurs corps-défendant, que le siphonnage des idées de l'extrême droite n'avait d'autre objectif que de remplir la "cagnotte" électorale du candidat Sarkozy. Les électeurs, les sympathisants et les "égarés" du FN ont là l'occasion de faire entendre leur différence. Malheur à Eric Besson qui manie l'incendie sans être certain que les lances fonctionnent !

L'identité nationale est un sujet d'une complexité très ancienne. Platon et Aristote, déja, en ont parlé sans parvenir à des conclusions satisfaisantes et admises par l'ensemble. Quant à l'époque contemporaine, parler d'identité nationale dans un pays, la France, dont 22% de la population compte un parent étranger reste un tour de force. D'autant plus brouillé qu'Eric Besson y a ajouté, adroitement, les questions du drapeau, de la Marseillaise et de la burqua.

Je ne crois pas à l'identité nationale. Je crois en revanche à une "identité citoyenne". Qui a les mêmes fondements, les mêmes valeurs que l'identité dite "nationale" mais qui a le mérite d'ajouter la responsabilité, l'action, la prise de position, la reconnaissance de l'autre à égalité de chacun, la solidarité, la fraternité et l' "identité sociale partagée". Liberté-Egalité-Fraternité... Cela vous dit quelque chose Monsieur Besson ? Je vous pose la question sans malignité aucune. Je crains seulement que comme beaucoup de ceux qui évoquent l'identité nationale, vous ne parliez d'elle qu'en pensant D'ABORD à celles et ceux qui en seront exclus !

Quant à la gauche en général, et au PS en particulier, ils doivent se saisir de ce débat pour ENFIN faire entendre leur différence. Rejeter le débat, comme les Mamère ou Moscovici souhaitent le faire, serait une erreur. Une de plus !

Ne prenons que l'exemple du drapeau. Ségolène Royal s'attira les foudres et les railleries lorsqu'en 2007 elle osa demander aux français de montrer leur attachement à la France par l'utilisation occasionnelle des trois couleurs. Les pires absurdités ont été dites. S'il n'est pas dans notre culture d'accrocher un drapeau en permanence à nos balcons (comme aux Etats-Unis), est-il sain de laisser l'un des symboles républicains commun à tous aux seules mains des supporters d'équipes sportives et aux membres du Front National ? Il est quand même extravagant que la gauche ait oublié que le drapeau français était AUSSI celui des soldats de Valmy, celui des poilus suppliciés et sacrifiés de 1914-1918, celui des résistants de la France Libre, ces trois couleurs qui couvraient le cerceuil de Jean Moulin "entrant ici" au Panthéon sous la voix de Malraux, celui qui flotte partout sur les bâtiments publics de la République, celui qui flotte au fronton de nos ambassades partout dans le monde, celui qui flotte Outre-Mer, celui que les marocains, algériens, sénégalais, africains francophones et francophiles, indochinois, ont défendu jusqu'au sacrifice ultime pour vaincre la barbarie... Celui enfin que chaque enseignant de France évoque lors des cours d'Education Civique. Que devons-nous dire à nos élèves ? (La question s'adresse à la gauche). Qu'il faut être fier de ce drapeau mais qu'il faut le cacher et ne pas s'y reconnaître ? Contradiction funeste !

L' "identité citoyenne" doit être défendue par la gauche face à une "identité nationale" excluante. Avec l' "identité citoyenne", c'est TOUTE la communauté qui sera reconnue, sans exclusive. Sans nationalisme dangereux et populiste. Des citoyens responsables appuyés aux valeurs républicaines communes et constitutionnelles :

Un hymne
Un drapeau
Une devise
La Déclaration des Droits de l' Homme et du citoyen...

Du CITOYEN !


26 octobre 2009 : De Google à Mandiargues...

Une mère d'élève, bon chic bon genre de province, femme de médecin "en vue", me disait il y a quelques jours :
"Nos enfants ne savent plus écrire, ni lire! Tout cela par la faute d'Internet, de Google!".

Je ne me souviens plus de la réponse que j'ai formulée. Il y a douze ans naissait Google. Il y a aujourd'hui un monde avant Google et un monde après. Lequel des deux est le meilleur des mondes ? Je pense, contrairement à une partie de l'intelligencia française, contrairement à Alain Finkielkraut, que l'outil Internet dont Google est l'une des entrées peut, comme n'importe quel outil, être expliqué et compris par nos élèves. SURTOUT par nos élèves très ouverts aux nouvelles technologies. Je me souviens des torrents de boue qui ont été déversés sur le malheureux stylo BIC lorsqu'il fit son apparition et remplaça peu à peu le porte-plume puis détrôna même le stylo encre. On peut le regretter avec des sanglots longs dans la voix. Pourtant que de belles dissertations j'ai lues écrites au stylo BIC. Même au stylo BIC.

Alors oui, mille fois oui, il faut absolument permettre à nos élèves, dès l'école primaire, de s'emparer d'Internet et de Google. Ne pas le faire serait tout simplement une hérésie, un contresens historique majeur. Nous pourrions, nous les enseignants, regretter longtemps d'avoir laisser nos enfants à l'écart de la révolution informatique. Ce serait faire des ces élèves des adultes aveugles et sourds, handicapés. Ce serait aussi laisser Internet et Google aux seules élites, à tous ceux qui craignent pour leur magistère. Car si l'on trouve des écrits et images absolument lamentables sur la toile,on peut y découvrir de véritables perles, en très grand nombre. J'y ai lu des articles, des textes, des poèmes merveilleux. Ecrits par des anonyme ou des artistes plus connus. J'y ai vu des photos d'une beauté saisissante. Tout cela en quelques sauts de sites en sites, comme on feuillette des livres chez les bouquinistes des bords de Seine. Google et Internet sont eux aussi des bouquinistes et l'internaute flâne pour s'attarder parfois le long des quais informatiques.

J'y ai lu des lettres d'amants improbables. Jamais sans Google ni Internet je n'aurais découvert cette correspondance de Nelly Kaplan et Andre Pyere de Mandiargues rassemblée dans un livre débordant d'une vérité lumineuse comme peuvent l'être les étincelles du regard dans les yeux des amants. Lisez et relisez Ecris moi tes hauts faits et tes crimes chez Tallandier Paris 2009.

Internet et Google, bien appris et maîtrisés, ne sont d'aucun danger. Si c'est un risque d'offrir au plus grand nombre ce qui jadis était réservé à quelques uns, alors je veux courir ce risque!

A corps perdu mais à espoir retrouvé...


Le 18 octobre 2009 : Le chant des muezzins…

Il est bon, salutaire même, de parfois sortir de l'actualité. Ce que ne savent plus faire les grands médias, les chaines de télévision et de radios, les grands quotidiens de la presse écrite qui, pour la plupart, analysent le "premier plan", beaucoup plus rarement l'arrière-plan. Pourtant, comme l'affirmait hier Serge July sur France Culture aux environs de 22 heures, c'est cela le journalisme : traverser le premier plan pour donner à voir et à comprendre les arrières-plans. (1)

Alors je lève la tête et je vous parle aujourd'hui d'autre chose que de Jean Sarkozy, de la crise économique, des suicides à France Télécom, des malheurs du Parti Socialiste, de la "réforme" du lycée, du Prix Nobel d'Obama ou du championnat de France de football. Je vous parle aujourd'hui du chant des muezzins...

J’ai pendant seize années, les seize première de ma vie, entendu les chants des muezzins. Le Maroc, Royaume chérifien du Commandeur des croyants, est, chaque soir, chaque matin, rappelé à ses devoirs religieux par les mélopées obsédantes des prières coraniques lancées du haut des minarets vers la terre musulmane. C’est le Haut qui parle au Bas. Et le Bas se prosterne d’Agadir à Tanger, de Casablanca à Fès, de Marrakech à Meknès, de villages à villages, de bleds en bleds jusqu’aux confins mystérieux des sables sahariens.

Enfant, je n’ai jamais cru. En Dieu. En quelque Dieu que ce soit. C’est sans doute la raison pour laquelle j’aimais tant entendre l’appel à la prière. Moi l’occidental enfant d’Afrique du nord, je goûtais la musique de ces hommes invisibles qui n’existaient que par la voix. Je savais ce qu’ils disaient. Je le comprenais. Mes parents ont eu l’idée si généreuse de me faire apprendre la langue du pays qu’en son temps nous, les français, avions mis à genoux. Moins que l’Algérie voisine mais quand même… A genoux ! A genoux, comme en prière… Celle des Chrétiens…

Plus tard, j’eus l’occasion de lire le Coran, la Bible et quelques autres textes que l’on dit « fondateurs ». Je n’en suis pas plus croyant qu’auparavant. Pourtant, il y a dans les sourates du Coran, surtout quand la voix des muezzins descend les escaliers de la vieille ville d’El Jadida, rebondit joyeusement dans la palmeraie de Marrakech, s’insinue dans les ruelles de Rabat, envahit les souks de Marrakech, enveloppe le silence du désert près d’Erfoud, comme un envoutement qui, si vous n’y prenez garde, peut vous prendre tout entier, corps et âme, et vous faire croire en Dieu ! Le temps d’un chant du muezzin… Peut vous rappeler aussi que, dans ces pays misérables souvent, il ne reste qu’Allah pour vous sauver du reste… Ce reste qui se résume à rien pour des peuples affamés du matin jusqu’au soir… Et Dieu rafle la mise !...

Si vous voulez entendre ce que j’écoutais le soir au Maroc, ne manquez-pas le spectacle donné cet été au Festival d’Avignon, dans un Cloître heureusement choisi pour cette « rencontre » :

Radio Muezzin par Stefan Kaegi. En tournée en France et en Belgique de décembre 2009 à mars 2010 et du 16 au 20 février 2010 au Parc de la Villette à Paris

Nul besoin de connaître la culture nord africaine, nul besoin d'être mystique pour apprécier ces mélopées envoûtantes... Allez-y, écoutez... C'est tout... Vous sortirez alors du "premier plan"...

(1) A lire: Faut-il croire les journalistes? Regards croisés de trois grands professionnels passionnés sur ce métier difficile et exposé, Auteur Edwy Plenel, Jean-François Kahn, Serge July, Editeur Mordicus, septembre 2009


Le 11 octobre 2009 : Les bas-fonds...

J'ai longuement hésité à exprimer une opinion sur ce qu'il faut désormais appeler "l'affaire Mitterrand". Hésité car nous sommes là dans les bas-fonds de plusieurs lieux différents.

La vie privée d'un homme d'abord. Et elle est intouchable. Jusqu'au jour où cet homme-là se met à nu dans un livre, basculant de son propre chef dans le domaine public. Tant qu'il n'était qu'un homme de spectacle, de télévision, rien ne pouvait l'atteindre. La célébrité permet de pratiquer la liberté en dépassant les limites interdites aux communs des mortels. Privilège... Roman Polanski, lui-aussi impliqué dans une ancienne et sordide histoire, fut d'abord maladroitement défendu par ses amis au nom de son talent - indéniable - et de sa notoriété, de son douloureux passé aussi, comme si ces hommes-là étaient des Dieux dans un Olympe sordide hanté par des orgies que ne renieraient pas Néron ni Caligula... Les "amis" en question ont depuis fait machine-arrière... On n'est jamais trop prudent...

Les bas-fonds de la politique aussi... L'intervention de Madame Le Pen, qui déclencha la tempête, n'avait d'autre objet que d'abaisser, d'avilir, d'accuser en public, de lyncher. Alors la meute, par l'odeur du scandale alléchée, des partis aux journalistes, des sites Internet aux blogs, de radios aux plateaux télé, la meute se mit en route... Il fallait prendre le gibier, l'acculer, le détruire. Quelques-uns furent dignes et préfèrèrent se taire ou nuancer le propos. D'autres enfoncèrent le poignard en une curée sanglante. Et la politique, l'analyse, le commentaire disparurent sous l'excès. C'était à celui qui serait le plus vulgaire, le plus hypocrite, le plus veule... Les bas-fonds de la Rome antique avant sa destruction! En rejoignant la "bête", les chasseurs à leur tour devenaient "animaux"!...

Alors bien sûr, l'accusé est ministre de la République. Il représente, à ce titre, le pays et sa Nation. Si demain un enseignant venait à écrire la moitié, le quart, le dixième de ce qui apparaît dans le livre de de Frédéric Mitterrand, il serait immédiatement mis à pied, puis interrogé, puis jugé et enfin condamné. Mais "selon que que vous serez puissant ou misérable"... La Fontaine déja avait anticipé... Est-ce à nous néanmoins, à la presse, de réclamer des têtes? Non! Que le Président de la République, en son âme et conscience, fasse la part des choses. C'est lui le décideur. Et, quelle que soit cette décision, qu'il montre enfin qu'il sait être aussi et surtout responsable.

Les bas-fonds... Oui, j'ai quelque peine, comme me le disait encore ces jours-ci une amie, à reconnaître mon pays. Le pays des Lumières... Elles sont bien tamisées depuis quelques temps... Tamisées comme les lampes bon marché diffusant tristement des éclats aguicheurs dans les bars thaïlandais, ces bars où des enfants, garçons et petits filles, hommes et femmes, toutes et tous à-demi nus, attendent leurs clients dégueulés des charters... Des charters de Bangkok!...


Le 4 octobre 2009 : L'assiduité des élèves ne s'achête pas mon Petit Nicolas !

Le Petit Nicolas est donc sur les écrans. Je parle évidemment du héros de Sempé et Goscinny. Un Petit Nicolas que j'ai trouvé bien lisse, bien propre sur lui et pour tout dire, bien fade. Même Le Figaro s'est ennuyé au spectacle de cette France de la fin des années 1950 où tout semblait si calme. Du moins veut-on nous le faire croire... Un calme apparent dans lequel s'ébrouent des enfants et parents qui, quelques années plus tard, enverront tout promener. Mais de cela il n'est pas question. Le temps semble suspendu, entre parenthèses, arrêté même. On eût aimé savoir ce que cette "belle époque" où seules les mèches étaient rebelles allait enfanter dix années plus tard : un Nicolas en pantalon pattes d'éléphants balançant des pavés sur les casques des "CRS/SS" et des parents largués ou partis vers Katmandou d'où ils reviendront dépressifs de n'avoir pu adapter leur karma occidental à une civilisation aux moeurs décidément bien trop contraignantes pour être partagées.

Je me demande, puisque je parle du Petit Nicolas - le héros de Sempé et Goscinny... je le précise encore pour éviter de fâcheuses confusions - ce que celui-ci aurait pensé de cette expérimentation consistant à offrir une cagnotte aux classes dont le taux d'assiduité sera le plus élevé dans l'Académie de Créteil. Outre le fait qu'on est là dans le degré zéro de l'imagination, qui depuis longtemps n'est plus au pouvoir remplacée par le pragmatisme le plus froid et tranchant, cette mesure, mon cher Petit Nicolas, ôte tout sens à ce qui fait l'Ecole et l'Education : le lien entre le professeur et l'élève, lien fondé sur la transmision "gratuite" des savoirs sans autre gratification que la satisfaction d'avoir "bien fait", d'avoir réussi, d'avoir franchi avec l'aide du maître telle ou telle difficulté. Quel regard portera cette classe si "assidue" sur ses professeurs et quel sera le degré de confiance de ces professeurs devant une assiduité aussi peu spontanée ? Ah mon Petit Nicolas... De ton temps, on n'aurait jamais vu ça n'est-ce pas ? Sauf que de ton temps, ces élèves-là "trimaient" déjà à l'usine ou dans quelque garage sentant l'huile et le métal. Ah la "belle époque"!

Le sens de l'Ecole, si cette mesure venait à être étendue, serait dévoyé. C'est extrêmement grave ! Comme est suicidaire le fait de prendre le risque de rompre le "contrat non écrit", contrat de confiance mutuelle entre le maître et l'élève. Oh je ne suis ni dupe ni naïf ! Oui beaucoup d'établissements scolaires connaissent un absenteïsme récurrent et inadmissible. Mais n'est-il pas plus inadmissible encore d'acheter la présence d'élèves plutôt que mettre en place les outils - qui existen t- permettant de donner sens aux apprentissages. Cette idée saugrenue - et je suis aimable - est une injure faite au corps enseignant. Car que dit-on en palimpseste aux professeurs de ce pays? "Puisque vous êtes incapables d'intéresser vos élèves, alors nous allons acheter leur présence". C'est tout simplement une honte ! C'est la reconnaisance implicite d'un échec généralisé, échec des élèves, des professeurs, des parents, du Ministère, de tout le monde ! C'est un abandon, un repli en rase campagne, un manque de courage politique. C'est aussi la désignation de boucs-émissaires, les enseignants, les pédagogues... mais on se trompe (volontairement?) de cibles ! En évitant soigneusement de mettre en question les méthodes, en évitant soigneusement de mettre en oeuvre une "politique du sens", on se voile pudiquement la face et on laisse le terrain au mercantilisme, à l'appat du gain facile. Car être présent en classe pour SEULEMENT gagner la cagnotte ne signifie nullement qu'on intéressera ces élèves.

L'attention et l'assiduité d'un élève ne s'achêtent pas! Il faut aller les chercher... Avec les dents ! Et avec des outils PEDAGOGIQUES !


Le 27 septembre 2009 : Quelques symptômes d'une France "fascisée"...

Le titre peut choquer, scandaliser. Les guillemets sont pourtant le seul bémol que je me permettrai au cours de cette réflexion. Non la France n'est pas un pays fasciste. Les libertés fondamentales, malgré quelques entorses ici ou là, sont maintenues et préservées ! Non le Président de la République n'est pas fasciste ! Ridicules sont ceux qui l'en accusent  ! Pourtant, certains signes tendent à indiquer que si l'Etat n'est pas fasciste, la société française tend à se "fasciser".

- Le Premier Ministre, chef du Gouvernement, est inexistant, donc invisible et inaudible. Il a quasiment disparu du paysage politique. Souvent même il est contredit. C'est un collaborateur du Chef de l'Etat.

- Les ministres sont de simples porte-paroles. Dans TOUTES leurs interventions, le nom ou le titre du Chef de l'Etat doit être dit et redit. Il faut, de manière dogmatique, qu'entre dans les esprits des français l'idée que le Chef dirige tout, impulse tout, qu'il est le guide quasi infaillible. Voir les propos de Mr Raffarin ci-dessous :

Leadership et contre-pouvoirs par J.-P. Raffarin
www.carnetjpr.com/2009/09/21/leadership-et-contre-pouvoirs

N’est-ce pas un mauvais signe, au moment où les députés veulent affirmer l’hyper parlement ? Avec Nicolas Sarkozy, nous vivons une mutation institutionnelle. Nous sommes entrés dans un système que j’appelle la « république du leadership ». Le président concentre ses pouvoirs, assume ses responsabilités, communique sa politique et va même jusqu’à, en partie, animer l’opposition. Il est au coeur du système et, au total, les Français acceptent bien, en période de crise, ce mode de fonctionnement car il est lisible, efficace et lève certaines hypocrisies institutionnelles. C’est un système politique que Tony Blair a installé, que Barack Obama pratique, qui correspond à une certaine modernité : une personne incarne une politique. (...)

On a souvent l’impression que Nicolas Sarkozy mène une politique contre sa majorité. Ne tire-t-il pas trop sur la corde ? Il nous a dit l’autre jour, juste avant d’annoncer la taxe carbone : « Il est normal que je sois en avance sur vous, car je suis votre leader. Si ce n’était pas le cas, je serais suiveur. » Il considère que son rôle est d’être sur le fond en décalage « maîtrisable » avec sa majorité, car toutes les grandes réformes ont été faites par des responsables en avance sur leur temps. C’est le leader qui montre le chemin.

- Le Parlement est aux ordres.

- Les médias nationaux les plus lus, écoutés et regardés diffusent à longueur de journées, de pages, de commentaires, les idées venues d'en-haut. Ceci sans opposition forte, l'opposition étant muselée par des divisions internes et fuyant le rassemblement pourtant nécessaire et vital pour elle-même comme pour nos institutions.

- Les puissants de ce pays sont l'objet de toutes les attentions quand, en même temps, les plus défavorisés souffrent jusqu'au suicide parfois.

- Le débat politique est faussé par l'absence d'esprit véritablement critique. A part quelques intellectuels courageux mais peu souvent invités à débattre sur les plateaux de télévision d'où les émissions politiques ont disparu, c'est l'ironie, la raillerie et la "grosse rigolade" qui ont remplacé les analyses de fond. Les Ardisson et Ruquier ont remplacé le journalisme d'enquête. L'ironie permanente a enfermé l'intelligence, qu'elle soit de droite ou de gauche.

- Notre télévision, pour beaucoup unique moyen d'accès à la culture, d'ouverture sur le monde extérieur, est d'une consternante et affligeante nullité. La réforme de l'audiovisuel commencée en 2008, qui a entre autres décisions interdit la publicité après 20h sur les chaînes publiques, a entraîné la mort violente de très nombreux projets. TF1 connait une érosion de télespectateurs telle que la direction est aujourd'hui prudente. Toutes les autres chaînes, y compris sur la TNT, ressortent d'anciens concepts ou les adaptent en faisant appel à quelques "vieilles gloires". Mais le danger est ailleurs : dans la vulgarité prmanente qui prend le français "moyen" pour un français idiot ! Qui efface petit à petit son esprit critique. Il faut très rapidement voir et revoir le chef-d'oeuvre visionnaire de Sydney Lumet, Network. Une idée de programmation ? Chiche!

- L'Education est peu à peu minée par la culture du résultat, et si possible du résultat immédiat. Dans "élève" il y a "élever" ! Or, aujourd'hui, il ne s'agit plus d'élever les consciences de la jeune génération mais de la formater pour entrer dans le moule sociétal prévu pour elle. Et tant pis pour celles et ceux qui n'entrent pas dans ce moule. Ils sont éliminés.

- Les dernières déclarations du Président de la République lors de son interview multidiffusée (le "lapsus coupable") suivie d'une mémorable "avoinée" à l'encontre de Madame Arlette Chabot sont celles d'un chef de parti, certainement pas d'un Homme d'Etat.

Je pourrais multiplier encore les exemples d'une société qui n'a plus que l'apparence d'une vraie démocratie vivante, ouverte et accueillante. Diverse aussi. Mais qui a désormais le visage glacé du pragmatisme, de l'efficacité, de l'immédiateté, de la rentabilité, du profit facile sous l'oeil implacable de "big Brother" multiplié en caméras de surveillance. Le visage aussi d'une société qui, en toute impunité, désigne des boucs-émissaires en les soumettant à la vindicte populaire: les immigrés, les sans-papiers, les pédagogues, les journalistes (pourtant si dociles parfois), le monde associatif, les syndicats, les désobéisseurs, les grévistes (qu'on ne doit plus voir), les sans-logis, les jeunes en général et ceux des cités en particulier, les artistes (pourtant bien timides), l'africain pas entré dans l'Histoire, jusqu'à La Princesse de Clèves en passant par l'instituteur moins important que le prêtre!

C'est cette société qui fait peur. Qui me fait peur ! Si la France n'est pas fasciste, elle en prend de plus en plus souvent les mauvaises et dangereuses habitudes... Jusqu'à quand?


Le 19 septembre 2009 : Insignifiance et servilité médiatique... deux dérives dangereuses, mais dans l'air du temps

La Toile, mais aussi les médias traditionnels, ont été cette semaine agités par deux "événements" très différents et pourtant bien dans l'air du temps :

Ce fut d'abord le buzz gigantesque et disproportionné provoqué par l'ouverture du nouveau site Internet de Ségolène Royal (www.desirsdavenir.com <http://www.desirsdavenir.com/> ). Marianne, L'Express, Le Point et tant d'autres rivalisèrent de railleries et d'ironie devant une page d'accueil qui n'eut pas leurs faveurs. C'est bien connu : une certaine presse "intello-bobo" a le monopole du bon goût ! Les commentaires des internautes se multiplièrent ensuite au point d'atteindre des pics dignes de la période de la campagne présidentielle. Tout cela donc pour un... fond d'écran ! Cet "exemple" de ce qui fait l'actualité de nos jours est celui de l'insignifiance médiatique qui transforme un fait mineur en polémique majeure. Majeure en tout cas pour le sites Internet des magazines et journaux de la presse quotidienne nationale, lesquels ont bien compris que certains politiques, et en premier lieu Royal et Sarkozy, sont très "bankable" comme on dit dans la société du spectacle. Mais ne sommes-nous pas depuis un certain temps déja beaucoup plus dans les paillettes que dans la réflexion ? Toujours est-il que ce fond d'écran, d'une totale banalité, est désormais aussi célèbre que le sourire de la Joconde ! Et alors ? Et bien justement : et alors RIEN ! Sauf la tristesse de constater à quel niveau certains journalistes, au demeurant brillants, s'abaissent pour attirer le chaland, le gogo qui pianote ensuite frénétiquement sur son clavier afin de laisser son avis, celui-ci disparaissant au bout de quelqus heures, quelques minutes parfois. L'insignifiance médiatique est également très éphémère... Il faut aller vite, vite, très vite !

Ce fut aussi la "convocation" de quelques journalistes à l'Elysée. Et pas n'importe lesquels ! Des "pointures", du "lourd" : Catherine Nay, Alain Duhamel, Christophe Barbier. Ceux qui font et défont votre manière de penser. Ils sont tellement présents dans les médias qu'on n'a plus le temps de réfléchir à une de leur réflexion qu'ils sont
déjà sur un autre plateau pour commenter, commenter et commenter encore. Depuis combien de temps ne sont-ils pas sortis du microcosme politico-médiatique parisien ? Nul ne le sait ! Mais là n'est pas l'important. Peut-être faudrait-il les informer qu'un visa n'est pas obligatoire pour franchir le périphérique. L'image de ces trois - excellents - journalistes arrivant à l'Elysée pour répondre à la convocation présidentielle avait quelque chose de surréaliste, de tragicomique aussi et, hélas !, la palme revenait à Madame Nay toute fière de pouvoir garer son véhicule sur l'emplacement réservé au Premier Ministre. (Si si, il y a un emplacement ! Un Premier Ministre aussi, paraît-il!). D'ailleurs qu'une journaliste de Paris-Match puisse sans vergogne occuper cette "voie de garage" a quelque chose de signifiant dans notre République de 2009... La servilité médiatique ce jour-là a atteint, à l'image du buzz évoqué ci-dessus, un sommet (ou une profondeur) que l'on ne soupçonnait pas.

Insignifiance et serviité... Deux maux dans l'air du temps...

Un air vicié !


Le 12 septembre 2009 : A ceux qu'on laisse en route...

Chaque année, notre belle et grande maison Education Nationale laisse entre 110 000 et 150 000 de ses "enfants" sur le bord du chemin sans l'ombre d'un bagage, sans le moindre diplôme... Et ceci depuis des lustres! Car notre belle et grande maison n'a rien prévu pour ceux-là qui n'entrent pas dans le moule. Pour ceux-là qui, à tort ou sans raisons, n'ont pas pu, pas voulu, se glisser dans les normes décidées Rue de Grenelle...

Je me souviens, dans les années 1960, alors que je fréquentais l'école primaire, de la distribution des prix au mois de juin, au Maroc où mon père enseignait. Il y avait là, sur une estrade, les maîtres, le Directeur et quelques élus invités... Nous passions l'un après l'autre pour recevoir, attachés par un beau ruban de couleur, des livres sur lesquels était collée une petite affiche: "Prix d'excellence"... J'ai toujours eu la chance ou le mérite de recevoir beaucoup de "Prix d'Excellence"...

Et puis il y avait les autres... Ceux qu'on n'appelait pas sur l'estrade... Ceux qui ne parvenaient pas à suivre... Déja, à l'époque, tout n'allait pas si bien pour eux... Je me souviens de Thierry C. C'était mon meilleur copain ! Mais il ne ramenait jamais de livres au mois de juin. Il en souffrait atrocement! Cette absurde cérémonie de distribution des prix ne faisait qu'ouvrir ses plaies... Un jour, en revenant chez nous -nous habitions la même rue- j'ai détaché le ruban et lui ai donné trois de mes livres sur les six que j'avais... Un geste d'enfant... La vie ensuite nous a séparés... Je ne l'ai jamais revu.

Un jour, bien plus tard, en France, j'appris par hasard qu'il vivait à quelques kilomêtres de chez moi. Je cherchai à le revoir. J'appris alors qu'il reposait dans le cimetière de son village d'adoption. A seize ans, il avait mis la tête dans une gazinière, avait ouvert les robinets et s'était endormi, à jamais... J'appris aussi que son choix lui fut dicté par l'accumulation de ses échecs et des humiliations qui en découlaient...

J'espère que notre grande et belle maison se rend bien compte des souffrances qu'elle inflige encore aujourd'hui en refusant de s'ouvrir à d'autres normes, à d'autres possibles, à d'autres voies, à d'autres rêves...


Le 5 septembre 2009... Lettre à Alain Finkielkraut

Cher Alain Finkielkraut,

C'est un de ces professeurs de collège, un collège rural de la Normandie la plus profonde, qui vous parle. Trente années de pratique. Vous écoutant hier sur France 2 dans l'émission de Franz-Olivier Giesbert Vous aurez le dernier mot, aux environs de vingt-trois heures trente, je vous ai entendu dire - je cite de mémoire et pardonnez mon éventuelle exagération - que l'Ecole d'aujourd'hui ne remplissait plus sa mission de transmission des grands textes littéraires, que les élèves de nos écoles, collèges et lycées étaient détournés par les professeurs eux-mêmes de la "Littérature majuscule" au profit de l' "actualité"... un cours de français en 2009 n'étant, à vous comprendre, qu'une séance de décryptage d'images et de sons. Puis vous prîtes l'exemple d'un manuel scolaire (Magnard si mes souvenirs sont exacts) qui met en parallèle une fable de La Fontaine et une publicité pour la marque automobile Innocenti. Sacrilège manifeste à vos yeux. Je ne vous ferai pas l'injure de vous rappeler que ce qui fait la fortune d'une oeuvre littéraire, c'est bien justement de traverser les siècles pour être en permanence d'actualité. En enfermant les textes dans leur passé, vous adoptez une position mortifère qui met en danger la littérature classique. La Fontaine, du paradis des poètes, doit jubiler sous sa perruque en constatant que ses fables ont survécu jusqu'à notre siècle mercantile et consommateur. Que serait devenue l'oeuvre de Montesquieu si l'on suivait vos conseils ? Elle aurait disparu ou serait entre les mains de quelques lettrés qui l'auraient confisquée. Qui auraient donc empêché le développement de L'Esprit des Lois... Est-ce là votre objectif ? Question taquine : qui vous lira dans deux cents ans?

Monsieur Finkielkraut, et Michel Onfray qui vous faisait face dans un débat brillantissime mais à fleurets très mouchetés vous l' a heureusement fait remarquer, l'immense majorité des professeurs de français, d'histoire-géographie, de philosophie fait, tous les jours, découvrir la littérature française et étrangère à ses élèves. Il faudrait vraiment que vous cessiez de dénigrer, de caricaturer, d'insulter vos collègues. Il est des bornes à ne pas dépasser au risque de sombrer dans l'idéologie, idéologie dont vous avez hier soir dénoncé très justement les défauts... dont le manichéisme permanent consistant à toujours opposer, dans un système binaire, le bien et le mal, la gauche et la droite, le blanc et le noir, etc. Tout cela pour, quelques phrases après ce propos, jouer au pire idéologue mettant face-à-face l'éducation d'hier avec celle d'aujourd'hui que vous vomissez à longueur d'interventions médiatiques.

Sachez, cher collègue, que nous sommes loin, heureusement, du désastre dont vous avez fait hier soir état. Le désastre est ailleurs. Il est dans le dénigrement que vous condamnez souvent pour l'utiliser pourtant à des fins idéologiques à l'encontre des professeurs qui, chaque jour, travaillent avec sérieux et abnégation, souvent dans la difficulté, et refusent de vous suivre sur le terrain que vous labourez, avec d'autres, pour y planter les graines de la désinformation.

Amicalement

Christophe Chartreux
Pofesseur de collège


Le 28 août 2009... Treize fois plus de temps


Les médias français de service public (télévision et radio) consacrent treize fois plus de temps aux informations boursières et au Loto qu’à l’Education. Est-ce normal ? « Heureusement », notre Ministre de l’Education va remédier à cela pour pallier les fermetures de classes, d’écoles, de lycées provoquées par la pandémie annoncée de la grippe A. La télévision et Internet vont être consacrés à l’école ! Même s'il aura fallu une pandémie planétaire pour enfin consacrer un peu d'espace à l'Education. Vive la grippe A !
Au fait, qui va garder les enfants et vérifier que ces derniers sont bien en train de regarder les programmes « scolaires » ? Toujours les mêmes je suppose : ceux qui ont la chance de pouvoir suivre leurs chérubins, ceux qui ont Internet - ce qui est loin d’être le cas général en France – et ceux qui ont les moyens d' offrir des cours privés à leurs enfants (ce qui n'est pas un reproche!).
Luc Chatel, invité sur quasiment tous les médias n’a que rarement été interrogé à ce sujet. On nous a en revanche très largement abreuvé de commentaires à propos de sa sortie très médiatisée dans un supermarché. Où il aurait mieux fait, cette fois, de se méfier des journalistes de moins en moins naïfs lorsqu'il s s'agit de les manipuler. Plantu s'en donnera à coeur joie ! Pensez donc ! Un Ministre poussant un caddie... Mais oui, c'est Chatel ! Un Ministre dans l'air du temps. Celui de la consommation à laquelle on consacre tellement de temps... Tellement de temps perdu...

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