POUR CHANGER (VRAIMENT) LĠECOLEÉ ET
CONSTRUIRE UN SYSTEME SCOLAIRE A LA HAUTEUR DES ENJEUX DE NOTRE DEMOCRATIE
Christophe Chartreux
Quelques thses qui traversent cette
contribution :
1- Il
nĠ y a pas eu dĠage dĠor de lĠEnseignement
2- Les
tenants de lĠ Ç Ecole dĠhier È nous mentent
3- Les
Enseignants actuels, dans leur immense majorit, ne fabriquent pas de crtins
4- Les
programmes actuels nĠont rien envier ceux dĠ hier
5- LĠEducation
nĠa pas fait sa Rvolution (et cĠest dommage)
6- La
recherche pdagogique nĠest pas entendue, et ceci depuis des dcennies (On
ne peut donc lĠaccuser des maux et dfauts de notre enseignement)
7- Tout
ne va pas bien pour autant et une rforme profonde de la formation des
Professeurs est mettre en place en y associant la recherche pdagogique
8- LĠorientation,
notamment post-bac, est inexistante de fait. CĠest une erreur de croire que
lĠavenir de nos futurs tudiants se trouve dans les brochures de lĠONISEP
I – Analyse de lĠcole et de son contexte
(cette partie s'appuie partiellement sur l'ouvrage de C. Guigon, N. Gauthier, M.-A. Guillot, Les instits, Paris, Le Seuil, 1986)
1- Ç LĠ ECOLE NĠEXISTE
PAS ! È
QuĠest ce que lĠ
Ecole ? Si la question parat simple, la
multiplicit des rponses en rvle en fait la difficult sous-jacente. On
entend dĠailleurs tout et le contraire de tout!
Depuis quelques annes, la mchante humeur a trouv ses porte-parole: SOS Education, Sauver les Lettres ou Jean Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du Crtin et gourou auto proclam Ç spcialiste È dĠ peu prsÉtout, sĠpoumonent contre ceux quĠils appellent les Pdagogues ou, pire encore, les Ç pdagogistes È, quand ce ne sont pas les Ç pdagogos È, responsables leurs yeux des maux, rels, supposs et invents, qui frappent notre Ecole. Rien de bien nouveau dĠailleurs dans leurs protestations. Ils rejoignent la mre de famille qui, aprs telle ou telle mission de tlvision, dclare, outre : Ç Mais ma fille nĠapprend pas tout a lĠcole ! Sa prof est nulle ! È CQFD !... ; mais aussi cette institutrice deux ans de la retraite et qui se souvient ou croit se souvenir de ses premiers lves : Ç Ah mais ils taient bien meilleurs ! Et bien plus polis parce que bien mieux levs ! È ; et encore le politicien, de droite comme de gauche, faisant de lĠEcole une cible facile : ÇLe gaspillage financier est intolrable ! Les enfants ne savent plus rien ! È ; enfin le syndicaliste participe lui aussi, sa manire, au concert : ÇIl manque des moyens, des postes et des sous ! È. Une cacophonie sans nom !
Dans le mme temps, on entend le discours exactement inverse : Ç Ce que font mes enfants aujourdĠhui lĠcole est extraordinaire ! Comme jĠaurais aim pouvoir en faire autant, de mon temps ! Mme de lĠinformatique ! Et ils lisent de beaux livres ! È sĠmerveille une maman. Ç Mes lves sont polis et leur niveau est bien plus lev que celui auquel je mĠattendais ! È renchrit ce professeur dĠcole tout tonn de ne pas avoir mater une horde de sauvages. JusquĠau Ministre qui promet, son entre en fonction : Ç Je nĠattacherai pas mon nom une nouvelle rforme. DĠailleurs, tout ne va pas si mal ! È. LĠeuphorie gnrale!
Mais alors lĠEcole, quĠest ce que cĠest ? Bien difficile dire, nĠest ce pas ?É En fait, jĠaffirme ici que lĠEcoleÉa nĠexiste pas ! Elle a toujours ses quatre murs, une cour de rcration, des salles de classes et parfois une devise rpublicaine son fronton mais elle nĠest que DIFFERENCES :
- l une btisse btonne ou Ç ferraille È surgie au milieu des HLM
- ici une bonne vieille cole de village jouxtant la Mairie et btie de plain-pied, en pierres, avec ses fentres donnant sur les platanes de la cour et juste aprs le muret, la campagne qui commence.
- enfin lĠcole parisienne, souvent de briques rouges, dont lĠentre surmonte du Drapeau tricolore donne sur un escalier de bois blanchi par lĠeau de Javel des lavages.
Et dans chaque classe, des matres et des matresses tous diffrents par lĠge, lĠorigine et la formation. Et dans chaque classe, des enfants diffrents par leur culture, leur milieu et leurs capacits. Et tout ce petit monde DOIT travailler ensemble, au mme rythme si possible, pour atteindre toujours ensemble lĠobjectif assign lĠEcole depuis la IIIme Rpublique et toujours en vigueur : Ç Apprendre lire, crire et compter È.
Peut tre est-elle l, la cause
de tous ces maux, rels et imaginaires. Aprs la Seconde Guerre Mondiale,
lĠEcole change de rle et de fonctions, et ceci plusieurs fois de suite. Des
rformes nombreuses voudront la transformer ; bien peu seront
effectivement appliques. Aucune, de fond ni dĠimportance, ne le sera sur des
dures excdant 5 ans. Elle conserve
des rites et des manies immuables. Sa Ç clientle È sĠest diversifie
et massifie. Les parents et quelques autres en font le bouc missaire dĠune
socit post industrielle mal dans sa peau. Pourtant elle garde des
rgles de vie et des pratiques pdagogiques hrites du sicle dernier. LĠchec scolaire a bon dos ! Il
rsume tout et nĠexplique rien ! (Voir paragraphe 3 du prsent
travail)
2- EDUQUER ET
INSTRUIRE
Les professeurs dĠcole, mais aussi lĠensemble de la profession enseignante, sĠassignent des objectifs trs souvent divergents :
-
1977 : Etude SOFRES/Monde de lĠ Education :
-
Septembre 1984 : Etude IPSOS/Le Monde
La synthse des deux missions, Eduquer/Instruire, avait t tablie par Jean Marc Favret en 1985 pour le CNDP :
Ç Education et
Instruction sont insparables
(É). LĠenfant doit apprendre bien lire, crire et compter et, dans
le mme temps, se situer dans le
monde qui lĠentoure. (É) QuĠon le
veuille ou non, quĠon en prenne conscience ou non, toute classe
est une classe htrogne. Les
origines culturelles et sociales, les diversits linguistiques et techniques
croisent lĠenvi les diffrences dĠapparences et de comportements. Le public
de lĠcole est vari mais sa mission reste unique. Or le systme scolaire doit
permettre chacun de sĠoutiller pour la vie. È.
Concilier la vie des enfants et les objectifs assigns lĠducation -instruction comprise- est le lot commun de TOUS les enseignants. Mme les inconditionnels des Ç savoirs È ne peuvent pas contourner cette donne. Celui qui affirme Ç Je nĠai aucun problme de discipline È nĠexplique en fait que son autorit, son influence, son pouvoir de sduction permettant dĠobtenir de ses lves les conditions qui permettent de travailler. Et ce travail qui conditionne lĠinstruction, cĠest lĠducation.
Malgr (ou cause de) cette querelle Instruction/Education, lĠvolution de lĠEcole me semble paradoxale. On pourrait facilement dmontrer que, contrairement aux affirmations de certains tenants du fameux Ç cĠtait mieux avant È, rien nĠa fondamentalement chang : le tableau noir o sont encore trs souvent inscrits les incontournables exercices du BLED, Bible de lĠorthographe ; lĠestrade ; les boites de craies ; parfois mme les paquets dĠimages, tout est encore l. La configuration des tables a t peine revue et corrige en collge et lyce aprs mai 1968. Et tout cela aussi bien en milieu rural quĠurbain. Seules fantaisies concdes la tradition : des murs repeints et un micro ordinateur (plus impos que choisi), maisÉle bureau du matre toujours face ses lves ! (CĠest symbolique car jĠai parfaitement conscience que ce nĠest pas en supprimant ou en changeant le bureau de place quĠon voluera plus vite.)
SĠil fallait une autre preuve de cet immobilisme, la lecture du Code Soleil (recueil de tous les textes administratifs concernant lĠenseignement primaire) y suffirait. Entre 1929(1re dition) et 1999, seules deux parties ont disparu : celle concernant les devoirs et droits des membres de lĠenseignement public et celle qui prsentait la lgislation de lĠenseignementÉpriv ! On a galement dbaptis le Conseil Suprieur de lĠInstruction Publique en celui de lĠEducation Nationale et les Inspecteurs Primaires sont devenus Inspecteurs de lĠEducation Nationale (IDEN). Rien de plusÉ
Je conseille galement la lecture du Dumas utilis dans tous les Cours Moyens de France pendant des annes (JĠai sous les yeux, au moment o jĠcris ces lignes, lĠdition originale de 1931 : L. Dumas, Le Livre Unique de Franais, Hachette Paris 1931). En laissant de cot la prsentation, videmment dpasse et vieillotte, tous les exercices (Lecture ; Grammaire ; Vocabulaire ; Orthographe ; Composition Franaise) sont contenus dans le mme ouvrage et ont pour fondement un seul et mme texte. Textes qui pour 108 dĠentre eux- sur 120- nĠont aucune Ç valeur littraire È. Cela ne rappelle-t-il rien ceux qui dnoncent les contenus dĠapprentissages actuels. 1931É2006ÉCĠtait mieux avant ? Non bien sr !
En prs dĠun sicle, la Ç rvolution
pdagogique È responsable de TOUS les maux de lĠcole nĠa pas eu
lieu ! Au contraire, lĠEcole reste prisonnire de son Histoire.
(Voir galement le paragraphe 9 de cette tude)
3- A PROPOS
DĠECHEC SCOLAIRE
A quelques exceptions prs, les professeurs dĠcole, de collge et de lyce travaillent ! Beaucoup mme, parmi les Ç instits È sĠacharnent, seuls devant le tableau noir avec leurs 27 heures hebdomadaires et leurs 7 disciplines. Tous sont confronts des problmes difficiles dont le plus dramatiquement mal vcu est sans contestation lĠchec scolaire.
Echec ? Certains rfutent le terme, comme Jean Pierre Chevnement car il met en cause lĠcole et elle seule estimait lĠancien Ministre de lĠEducation Nationale. Il lui prfrait son contraire, le mot Ç russite È. DĠautres sĠinsurgent contre lĠinfamie du mme mot qui relgue aux oubliettes les oublis du systme. Et pourtantÉ
LĠchec scolaire est aussi vieux que lĠcole obligatoire. Il nĠa en effet jamais exist dĠage dĠor de lĠenseignement. Les matres des annes 1960 exerant devant les classes de fin dĠtudes qui menaient au Ç certif È tmoignent du dressage inflig leurs lves pour les mener au jour de lĠexamen. Voici ce que me disait un vieil instituteur poitevin, aujourdĠhui retrait : ÇLe plus important de lĠannes, cĠtait de faire moins de 5 fautes la dicte du Certificat dĠtudes, parce que 5 fautes, cĠtait liminatoire. Quinze jours avant, il nĠtait pas prts et 15 jours aprs, ils avaient quasiment tout oubli È. Quant ceux quĠon ne prsentait mme pas au Ç certif È et qui quittaient lĠcole 14 ans sans diplme, ils sont enfouis dans la chronique enthousiaste des grandes et riches heures de lĠEcole Laque.
LĠchec scolaire a aussi une fcheuse tendance rvler impitoyablement les ingalits sociales. Sans dire que lĠEcole les cre, force est de constater quĠelle les fortifie. Entre 1978 et 1984 puis entre 2001 et 2005, les chiffres nĠont quasiment pas vari : 93% des enfants de cadres suprieurs et professions librales ont effectu une scolarit primaire Ç sans fautes È ; 36% seulement dĠenfants dĠouvriers/employs sont dans le mme cas. Le profil type de lĠlve en chec scolaire est bien connu : fils ou fille dĠouvrier/employ ; pre chmeur ; famille monoparentale suite un divorce ; famille surendette ; fils ou fille dĠimmigrs. Dans ces cas l, apprendre lire, crire et compter nĠest pas ressenti comme une priorit. Les habitudes slectives se prennent dĠailleurs trs tt puisque 91% des lves ayant redoubl le CP nĠatteindront jamais la seconde.
LĠchec scolaire a souvent t expliqu, en partie, par les pdiatres (Docteurs Courtecuisse, Vermeil et Guran). Extrieurs lĠinstitution, ceux-ci nĠont pas t entendus. Leur tude nĠa dĠailleurs jamais t publie ! Il faut dire que leur discours tait direct :
- la moiti des lves dĠune classe dĠage nĠatteint pas le baccalaurat
- 40% seulement des lves accdent la terminale
- le systme ducatif porte une large responsabilit de ces checs
- le systme ducatif fonctionne en imposant une norme et un rythme auxquels TOUS les lves doivent sĠadapter ou se soumettre
- les rythmes biologiques des enfants ne sont pas pris en compte :
Le systme ducatif tranche
dans le vif. CĠest 6 ans que lĠon trie les Ç bons È et les
Ç mauvais È. La lenteur et les retards sont rigs en maladies
chroniques. Voila sans doute pourquoi 1 enfant sur 8 parcourt sans fautes la
totalit du cursus dĠenseignement gnral, du CP au Baccalaurat.
4- Ç LE NIVEAU BAISSE ! È
Ç Le niveau baisse ! È. Ce cri est devenu le leitmotiv des dtracteurs de lĠEcole: parents dsesprs parce que mal informs, professeurs aigris se consolant dans la lecture ou lĠcriture de pamphlets mensongers, mais trs Ç tendance È, inspecteurs irascibles. Mme la presse, en particulier tlvisuelle, embote le pas aux Ç anti pdagogues È. LĠinterview de Jean Paul Brighelli sur France 2 par une Franoise Laborde plus que complaisante fut cet gard rvlatrice de lĠaudience accorde tous les poncifs vhiculs, dont ce trop fameux Ç le niveau baisse ! È.
Rien de nouveau sous le
soleil pourtant. En 1938, voila ce
quĠcrivaient les collaborateurs de Jean Zay, Ministre de lĠEducation Nationale du
Front Populaire (assassin par les nazis avec la complicit de Vichy) : Ç On constate que la lecture courante nĠest pas acquise 10
ans par la moyenne des lves. Dans les premire et deuxime annes du primaire
suprieur (aujourdĠhui 6me et 5me), nombre dĠlves
nĠont pas la perception rapide et globale des mots et des phrases qui seule
permet une lecture courante et intelligente È.
Toujours en 1938, ces propos sont devenus Ç Instructions du 20 septembre relatives aux arrts du 23 mars 1938 È et concernant lĠapprentissage de la lecture (Bibliothque pdagogique EDSCO, Editions scolaires, Chambry 1950, Edition Originale, page 30)
Ç LECTURE ET RECITATION. – (É) Des constatations faites dans de nombreuses coles, il
rsulte que Ç la lecture courante È nĠest pas compltement
acquise 10 ans par la moyenne des lves. (É) Dans la deuxime anne du Cours
suprieur et mme dans la premire anne des coles primaires suprieures, on
voit encore des lves qui nĠont pas cette perception rapide et globale des
mots et des phrases qui seules, permet une lecture courante intelligente È
Enfin, jĠai pris le plaisir de comparer les programmes de Franais suivants :
- Programmes
et Instructions de lĠEnseignement Primaire È en rapport avec lĠenseignement du Franais : 1923,
1938, 1945, 1946, 1947
ET
- Instructions officielles Ç Cycle des approfondissements Cycle 3, Bulletin Officiel de lĠEducation Nationale hors srie Numro 1 du 14 fvrier 2002 (Instructions en vigueur actuellement)/Toujours uniquement en ce qui concerne lĠenseignement du Franais
BOI 14 FEVRIER 2002, page
21 : Objectifs : (É) Le
respect du droulement chronologique, jalonn par des dates significatives,
y est donc essentiel et constitue lĠune des bases de lĠapproche historique.
Programme : (É) La programmation
(É) doit respecter lĠordre chronologique et ne ngliger aucune priode,
y compris la plus rcente.
Comptences (devant
tre acquises en fin de cycle)/Page 23 : Etre capable de distinguer les
grandes priodes historiques, pouvoir les situer CHRONOLOGIQUEMENT (É).
Je pourrais encore apporter
bien des preuves, par un travail comparatif, que les programmes actuels et leur
application nĠont strictement rien envier ceux de 1947. La crainte de la dgradation de la qualit de
lĠenseignement est plus vieille encore que lĠEcole gratuite, laque et
obligatoire. Ces textes montrent si besoin est quel point les
Ç adorateurs È dĠun age dĠor de lĠEducation Nationale se trompent et
nous trompent.
(JĠaccuse au passage, la
lumire de mes propres recherches et la lumire des recherches prsentes
plus avant, tous ces enseignants aigris, vritables rvisionnistes du pass,
mensongers sur le prsent et uniquement soucieux de leur petite part de Ç gloire È
au travers de leurs crits mdiocres, de nĠagir quĠ des fins politiciennes.)
Curieusement, il existe trs peu dĠtudes scientifiques sur les niveaux compars des lves du dbut du XXme sicle et dĠaujourdĠhui. Quelques indications nanmoins :
- 1973 : Franois Ters, Orthographe et vrits, Paris, ESF, 1973 : Celui-ci a compar les rsultats sur une mme phrase dicte aux lves des cours moyens en 1904 et 1965. LĠavantage revient ces derniers.
- LĠINRP (Institut National de la Recherche Pdagogique) sĠest intress aux performances en Mathmatiques des enfants de cours moyens 1957, 58 et 61 dĠune part, 1970, 77, 78 dĠautre part, 1997, 98 et 99 enfin. La conclusion est sans appel : Ç Les enfants savent aussi bien faire des oprations quĠil y a 20, 30 et 50 ans. En gomtrie, ils sont trs nettement plus performants È
- Louis Legrand, Chercheur en Sciences de lĠEducation, a observ quĠun enfant de 1990 devait en savoir et en assimiler beaucoup plus que son petit camarade de 1900, tout programme compar.
La prtendue Ç baisse
de niveau È est bien un fantasme engendr par une socit inquite de son
avenir et de son Ecole. Depuis les
annes 1975/80, les rumeurs persistantes sur le thme Ç France, ton
enseignement fout le camp ! È sont vhicules paralllement
la mise en place de la dmocratisation de lĠEcole et la baisse du prestige
social du corps enseignant. Les matres ne sont plus les notables considrs
dĠavant guerre. Plus grave mme, plutt que dĠavouer leurs faiblesses,
pourtant comprhensibles, plutt que de confronter leurs difficults pour les
rsoudre EN EQUIPES, beaucoup dĠenseignants en rejettent la responsabilit
sur leurs lves ou sur les
Pdagogues dont, il faut le dire et le redire, un nombre infime de propositions
a t effectivement appliqu.
En retour, les parents lgitimement sensibles ces difficults, accusent lĠEcole. Professeurs dĠEcole, Professeurs de collges et lyces, parents, tous se renvoient la balle, convaincus la longue que Ç le niveau baisse È. Longtemps, encore aujourdĠhui dĠailleurs, on a cru que ces difficults dĠapprentissage, relles pour certaines, fantasmes pour dĠautres, rsultaient dĠune querelle de mthodes pdagogiques et quĠune fois lĠaffaire rgle, on nĠen parlerait plus ! Malheureusement aucune lumire nĠa jamais jailli des disputes entre tenants de la mthode globale de lecture (jamais applique) et tenants de la mthode alphabtique ou syllabique (B-A- BA).
5- Ç VA FAIRE TES DEVOIRS ! È
Bulletin Officiel de lĠ
Education Nationale No 1, 3 janvier 1957
ÇAucun devoir crit, soit
obligatoire, soit facultatif, ne sera demand aux lves hors de la classe.
Cette prescription a un caractre impratif et les Inspecteurs Dpartementaux
de lĠEnseignement du 1er degr sont incits veiller son application
stricte È.
Malgr cette Instruction officielle toujours en vigueur, les devoirs la maison, oraux et crits, restent le lot commun de la quasi-totalit des lves de lĠcole primaire. La rsistance active dĠune majorit de professeurs dĠcole une directive vieille de 50 ans a de quoi surprendre. LĠintention du Ministre tait et reste louable : ne pas surcharger les lves de travail et ne pas introduire de discrimination entre les enfants Ç aids È et ceux qui ne le sont pas. Or depuis un demi-sicle, des gnrations dĠenfants nĠont jamais ressenti le moindre effet dĠune semblable intention.
DĠaprs une tude de lĠ INRP, dj ancienne (1985) mais toujours dĠactualit, quatre constats ont t tablis :
- 83% des professeurs dĠcole donnent des devoirs (oraux et crits), au minimum quatre cinq fois par semaine, faire la maison. 81% des lves sĠen acquittent avec dĠautant plus de zle que leur non excution nĠest pas admise.
- Contrairement ce qui se dit, le travail la maison nĠest absolument pas destin compenser les lacunes de tel ou tel lve, ni rattraper les retards pris en classe puisque 82% des professeurs dĠcole donnent LE MEME travail faire TOUS les lves de la classe.
- Plus lĠlve avance dans sa scolarit primaire, plus il doit sacrifier au rituel du travail la maison. Au CM2, lĠenseignant exige des dossiers, des interviews, des rdactions, prfigurant ainsi les devoirs de collge.
- Peu dĠenseignants du primaire ont une notion claire de la charge de travail inflige aux jeunes lves. Une demie heure de travail en plus par jour reprsente cinq heures hebdomadaires supplmentaires, tout cela pour constater que les bons lves sontÉbons, que les lves moyens sontÉmoyens et que les lves en difficult ont dcidment bien desÉdifficults.
(A noter : nombreux sont
les enseignants qui se plaignent des contraintes imposes par leur IDEN, leur
Conseiller Pdagogique ou leur Matre formateur IUFM. Curieusement, ce sont ces
mmes enseignants qui se fichent comme dĠune guigne de lĠInstruction Officielle
du 3 janvier 1957É Comme quoi, quand on veut, on peutÉ)
Mais si les devoirs/maisons rsistent aussi bien aux instructions officielles, cĠest aussi parce que les parents en redemandent. Ce sont dĠailleurs souvent les parents les moins instruits qui rclament du travail la maison. Trois raisons cela :
- Ils pensent que les devoirs/maisons permettent de mieux retenir ce qui est appris dans la journe lĠcole
- Ils esprent que les devoirs/maisons empcheront leurs enfants de traner dans la rue
- CĠest souvent leur seul lien avec lĠcole
Les devoirs/maisons suscitent donc un double paradoxe. DĠune part, ils constituent un facteur de slection sociale puisque certains enfants ne sont jamais aids ou ne peuvent pas travailler correctement chez eux. DĠautre part, ils sont rclams par ceux auxquels ils profitent le moins. En revanche, les Ç milieux aiss È sont plus discrets sur ce chapitre. Trs exigeants vis--vis de lĠEcole, ils trouvent des subterfuges pour administrer la Ç pilule vesprale È : Ç Fais tes devoirs ou je te prive de judo ! È. A dfaut, la sance de calcul peut devenir un moment de jeu en famille. Privilge bourgeois que de ne pas avoir tout apprendre et attendre de lĠ Ecole.
LĠEcole est lĠunivers de bien dĠautres paradoxes qui expliquent le prcdent :
- Les professeurs veulent transformer lĠEcole mais ils refusent de dmnager leur classe pour transfrer leur cours prparatoire du 2me tage au rez-de-chausse parce quĠil est plus facile des enfants de 6 ans dĠaccder de la cour de rcration leur sale de classe.
- Les professeurs dĠcole vous expliquent en permanence quĠil leur est difficile de sĠen sortir seuls mais ils se mfient du travail en quipe et ne veulent voir personne dans leur classe. (Le fait est encore plus remarquable en collge/Le travail en quipe est en revanche souvent exemplaire en ZEP et il donne des rsultats)
- Toutes et tous trouvent leurs classes trop exigus mais nĠutilisent pas tout lĠespace, en sortent encore moins et concentrent leurs activits sur le tableau.
Beaucoup de Professeurs, dĠcole, de collge et de lyce sont avant tout conservateurs. Autant par routine que par conviction profonde. Si la demande de changement est norme, les classes se suivent et, souvent, se ressemblent. Les devoirs/maisons ont encore de beaux jours devant euxÉ
De lĠimagination pdagogique et des innovations naissent le malheur et le scandale, dit on ici et l ! On leur prfre donc un sicle de savoir-faire rcrit au got du jour ! JusquĠ lĠennuiÉ
6- DISCOURS SUR LA METHODE
Instructions
du 20 juin 1923 relatives au nouveau
plan dĠtudes des Ecoles Primaires Elmentaires (Bibliothque pdagogique
EDSCO, Editions scolaires, Chambry 1950, (Edition originale, page 10) : LECTURE : Ç Nous ne prconisons aucune
mthode : la meilleure sera celle qui donnera les rsultats les plus
rapides et les plus solides. Entre la mthode dĠpellation et la mthode
syllabique ou la mthode globale, nous ne faisons aucun choix. È
Si lĠenseignement de lĠcriture nĠa gure chang lĠexception de lĠart et la manire de former les Ç anglaises È, si celui du calcul sĠest transform dans la lettre mais pas dans lĠesprit, lĠenseignement de la lecture reste lĠpicentre des plus violentes polmiques qui ont secou les 50 dernires annes du XXme sicle et les premires annes du sicle qui commence.
A notre droite, les tenants de la mthode alphabtique qui, pensent ils, a fait ses preuves depuis la IIIme Rpublique auprs de ceux qui accdaient lĠinstruction. A notre gauche, les tenants de la mthode dite Ç globale È, labore par Ovide Decroly. En caricaturant et pour faire court, la mthode alphabtique permet de mmoriser les lettres puis de les combiner entre elles. La mthode globale permet de mmoriser des mots. Dans cette querelle, on retrouve les durs et les mous, les croyants et les athes, plus quelques intgristes fanatiques. Et encore ! Pour le grand public, la querelle nĠoppose que deux mthodes. Mais lĠaffaire se complique singulirement quand on sait quĠil existe beaucoup dĠautres faons dĠapprendre lire ! Une seule chose est sre : aucune mthode nĠa su garantir 100% la russite des enfants en lecture.
Ceci est dĠautant plus vrai que la querelle sĠest accompagne dĠimprcations, dĠimprcisions, de non-dits, dĠinterprtations, de mensonges mme. NĠa-t-on pas accus la mthode globale de provoquer des troubles de la mmoire et de rendre certains enfants dyslexiques ? On sait aujourdĠhui quĠil nĠen est rien mais la rumeur a laiss des traces indlbiles. Trs rcemment, on a mme eu le culot dĠexpliquer les rvoltes des banlieues par cette mme mthode globale ! Les enfants lisent mal, cĠest la faute Decroly, donc ils brlent des voitures ! Ah bon !
En 2006, il nĠest en tout cas pas un seul matre en France pour prtendre nĠutiliser QUE la mthode globale. En revanche, tous ou presque mlangent les genres : un zeste dĠalphabtique, trois gouttes de globale et une sauce toute personnelle. Le cocktail fut dĠailleurs officialis lors dĠun colloque organis en 1979 par Christian Beullac, Ministre de lĠEducation Nationale. Devant une assistance mduse et regardant le bout de ses chaussures, Colette Chiliand, psycholinguiste, concluait en ces termes :
Ç On ne peut pas
rellement savoir si une mthode est bonne ou mauvaise. Quand le matre qui
lĠapplique est convaincu, il y a toujours un taux exceptionnel de russite.
Quand il ne lĠest pas, quand il obit untel ou untel, une mode du moment,
cĠest lĠchec ! È
QuĠon se le dise !.... en relisant les instructions officielles de1923 !
7- PETIT TOUR EN MATERNELLE
Ç Depuis que je suis
enseignante, je me suis trs souvent remise en question È ; Ç Il
est ncessaire dĠavoir des ides biodgradables en pdagogie. Il faut se
dbarrasser des strotypes È ; JĠadore inventer des situations
nouvelles pour vois comment vont ragir les enfants È ; Ç Mes
lectures ? Des livres de pdagogie, de linguistique, de psychologie de
lĠenfant, et pas seulement du DoltoÉ È.
Mais quel est ce Professeur dĠEcole qui sĠexprime aussi librement, avec autant dĠenthousiasme ? Certainement une Ç mordue È qui ne dcrochera plus.
Oui mais seulement voilaÉCĠ est une veinarde : elle enseigne en maternelle, la section Ç chouchoute È, lĠunivers clos, protg, lĠcart des conflits et du dmon de lĠchec scolaire. En maternelle, ni examen, ni sanction. De plus, cĠest la vitrine de la recherche pdagogique. Bref la maternelle est une oasis, un lieu dĠexpression et dĠpanouissement pargn par les contraintes.
Coin-poupes, coin-cuisines, coin-livresÉDes images aux couleurs vives accroches partout aux mursÉUn cochon dĠInde dans une cage, la mascotte des enfantsÉLĠnorme calendrier o sont nots les anniversairesÉEn rouge et en gros caractres le di-manche...Des bouts de moquette de toutes les couleurs o lĠon sĠassoit pour lire, en puisant pleines mains dans de grands paniers remplis de livresÉNathalie sĠest mise part ; elle prpare la cuisine des poupesÉTout lĠheure sera Ç le temps des mamans È o chacune dĠelles viendra dans la classe chercher son enfant, en prenant tout le temps qui lui sera ncessaireÉCĠ est quĠelle a bien chang lĠcole maternelle. Hier on y excutait les ordres au sifflet ; aujourdĠhui elle est le salon de lĠinnovation pdagogique, envie par le monde entier ! Lentement mais srement, la scolarisation des tout-petits (2 ans) progresse. Personne ne conteste plus les apports dĠune cole maternelle vivifie par les recherches pdagogiques et par lĠapplication de mthodes nouvelles :
- elle permet de reprer trs tt les handicaps
- elle offre de meilleures chances pour la russite scolaire ultrieure
Il convient nanmoins de nuancer ces indiscutables russites. LĠcole maternelle nĠefface pas la tare indlbile du systme ducatif, savoir la reproduction des ingalits sociales. Le fils dĠouvrier/employ qui rentre lĠcole trois ans nĠa gure dĠespoir, statistiquement parlant, de mieux russir sa scolarit primaire que son camarade fils de cadre, lequel ne lĠaura pourtant rejoint quĠen CP. Et la crativit des professeurs dĠcole en maternelle nĠest pas encore pour eux un passeport pour la russite scolaire. Hlas !
A ce sujet, il est ncessaire de souligner que les professeurs dĠcole exerant en maternelle pratiquent un militantisme pdagogique hors du commun. La liste des Ç charmes È de lĠcole maternelle, trop longs numrer, est le rsultat de ces rflexions en commun, de ces permanentes remises en question, de lĠbullition pdagogique qui font envier notre cole maternelle partout dans le monde :
- Le dialogue parents/enseignants y est plus quĠencourag. Les parents ont le droit dĠentrer dans les classes, de sĠattarder avec les autres parents et enseignants
- Certains parents mettent la main la pte et participent lĠanimation de lĠcole
- Les heures dĠaccueil peuvent tre modules en fonction du rythme des enfants
- La sonnerie est trs souvent supprime
- Dans les coles o sont scolariss les Ç 2 ans È, ceux-ci entrent aprs les Ç gants È de 5 ans afin dĠviter les bousculades
- LĠenfant est astreint au code collectif de vie mais il peut choisir ses activits, avancer son rythme
- LĠenseignant est dlivr de programmes imposs trop contraignants, des carnets de notes et des devoirs
- LĠenseignant peut prendre son temps, observer, couter et attendre tel ou tel bambin.
Mais les premiers sombres nuages commencent sĠaccumuler au dessus de nos coles maternelles. On a dit et rpt aux parents quĠelles prparaient, quĠelles conditionnaient lĠavenir scolaire des enfants. Dsormais la maternelle est de plus en plus intgre dans la stratgie scolaire. (En particulier dans les milieux aiss). Certains vont jusquĠ se persuader quĠintgrer le CP 5 ans offrira plus de chances leur progniture pour Ç faire È Normale Sup. ou Polytechnique. Les professeurs dĠcole maternelle font lĠobjet dĠune cour (dĠune pression ?) insistante de la part des parents qui souhaitent voir leur enfant savoir lire 5 ans, voire 4. On veut dsormais une maternelle performante, mieux organise, bref qui Ç produise È des effets visibles rapidement. Et la maternelle se mue, peu peu, en antichambre du CP. CĠest une erreur formidable ! Mais elle rsulte :
- de la pression que dĠaucuns font peser sur les parents par un discours lamentablement alarmiste et non dpourvu dĠarrires penses politiques.
- dĠune priode incertaine o Ç avenir È rime souvent avec Ç chmage È.
Il est craindre que dĠautres demandes croissantes pesant sur cette cole ne fassent voler en clats ce qui assurait les belles heures de la maternelle :
- la libert pdagogique
- lĠinventivit et la prise en compte des innovations pdagogiques
- lĠabsence de contraintes
- la prise en compte du dveloppement de lĠenfant sanctionne par son volution et par elle seule
Tout ce qui nĠexiste plus
en primaireÉ
8- LES
CHOSES EN FACE
Il est vain de vouloir apprcier un tableau global de lĠensemble des professeurs dĠcole, encore moins fortiori de lĠensemble du corps enseignant. Il existe dĠexcellents matres, dĠautres qui par routine, laisser-aller ou manque de curiosit grent leur classe au jour le jour, dĠautres encore totalement incomptents. Mais cette simplification est trompeuse. Telle matresse adore de ses lves peut leur inculquer lĠamour de la lecture et faire des fautes dĠorthographe ou dire des btises au cours dĠune sance de sciences ou de technologie. Tel autre matre, tout juste sorti de lĠ IUFM, pourra raliser des prodiges en petite section de maternelle l o une collgue plus confirme aura chou, par fatigue, lassitude ou dgot. Les Ç profs È travaillent avec plus ou moins de succs, plus ou moins de talent, plus ou moins de bonheur mais lĠimmense majorit est motive et conserve cette motivation tout au long de sa carrire.
Ce nĠest pas le laxisme qui menace lĠcole primaire mais la mdiocrit. La Ç drive È de lĠ Ecole Publique exprime les fantasmes des nostalgiques de lĠordre et de la discipline dĠantan. Le vrai scandale est ailleurs. Il est dans lĠimpunit o sont maintenus les fauteurs de troubles et dans la manire dont lĠinstitution se fait tacitement complice de lĠenseignant. Pour tre limog de lĠEducation Nationale, il faut y mettre une volont sans limite ou Ç draper È de manire gravissime. (A dfaut, on Ç suspend de cours ÈÉ). Le dilettantisme devient alors une denre difficile quantifier. Ceci dit, et pour une vingtaine dĠ IDEN interrogs, la proportion de Ç fumistes È invtrs et de Ç fauteurs de troubles È ne reprsente quĠ 1 2% du total des enseignants. Bien entendu, on peut citer tel ou tel cas pour le moins troublant : (les noms cits ont t changs et sont invents ; toute ressemblance avecÉetc. /les cas sont rels, directement constats ou rapports par des personnes de toute bonne foi).
- Clmence Picard dicte un texte ses gamins, le walkman install sur ses oreilles
- Florence Grau joue au Sudoku ou lit ses magazines prfrs pendant que ses lves sont supposs sĠatteler des exercices de calculs dont elle nĠa pas pris la peine dĠexpliquer les donnes
- Fabrice Dumont sĠmerveille devant les dessins de ses lves. Soit, mais ils recopient le mme depuis la rentre et on est enÉ fvrier !
- Caroline Frot a trouv un moyen agrable de Ç se faire de lĠargent de poche È (Je cite) dans cette petite cole de campagne, proche de chez elle et du cabinet de son mari chirurgien-dentiste. Elle regarde sa montre toutes les 5 minutes, attendant une rcration qui durera une heure. Ç Je ne sais jamais quoi leur faire faire È avoue-t-elle ingnument et sans honte aucune.
Mme sĠils existent et sont
graves, ces Ç exemples È restent heureusement trs rares ! La
dsinvolture, le je-mĠen-foutisme, lĠidologie sur la base Ç A bas
lĠEcole bourgeoise ! È ont
peu cours dans lĠenseignement, quoi quĠen pensent ses dtracteurs. Un chiffre
est tout lĠhonneur des professeurs dĠcole, celui du taux
dĠabsentisme : 5,7 %, soit lĠun des plus bas, toutes professions
confondues. CĠest pourtant lĠabsentisme Ç norme È, dixit
certains parents et autres archasants de tout poil, qui sert de premier indice
la Ç dgradation È de lĠenseignement.
On travaille dans les
Ecoles de France et dĠOutre Mer. Le
professeur dĠ Ecole ne peut chapper ses lves : 37 semaines par an,
ils se connaissent, se supportent, sĠaiment et se dtestent. Rien
nĠest plus important que la dimension affective de lĠenseignement du premier degr parce que les enfants y sont dans leur plus jeune
age et que la tte de lĠenseignant ne change pas toutes les heures. Une classe
de maternelle, de CP ou de CM, cĠest aussi une ambiance de travail, de
confiance ou de dfiance, de sympathie ou dĠinimitis, dĠincomprhensions et de
complicits. Une anne scolaire est rythme par des exercices, certes, mais
AUSSI tisse de mille points de repres entre les gamins et leur matre(sse).
Il nĠ y a dĠailleurs rien de contradictoire entre cela et leur obsession
commune : apprendre lire, crire et compter. Jean
Pierre Chevnement en son temps, Gilles de Robien plus rcemment, nĠont rien
invent. Ils ont formul, plus ou moins adroitement, lĠune des hantises du
Professeur dĠcole, comme me lĠa dit spontanment cette Institutrice (32 ans)
landaise : Ç Faire classe, cĠest apprendre lire È.
Hlas on raconte, ici et l, que les Professeurs dĠcole ont perdu de vue cet
objectif en laissant de cot les apprentissages fondamentaux. Or, TOUTES
les tudes prouvent que les matres passent leur temps, bien au-del des
horaires officiels, faire du Franais et du Calcul et, plus prcisment, de
la lecture et des oprations.
Il est nanmoins tout aussi
incontestable que, comme de tout temps, certains professeurs sĠen sortent plus
ou moins bien. Isol dans sa classe, lĠenseignant a trop souvent tendance
se Ç couper du monde È. Il ne peut pourtant sĠabstraire,
contrairement ce quĠaffirme Jean Paul Brighelli par exemple, de
lĠenvironnement de son tablissement.
Ç Faire classe È, cĠest aussi comprendre pourquoi Mathieu ne
desserre plus les dents depuis 15 jours, pleure prs de la fentre et sĠisole
en rcration. CĠest veiller ce que Julie, dont les parents viennent de
divorcer, quitte bien lĠcole avec son pre (ou avec sa mre) qui en a la
garde. (Se tromper par ignorance peut vous valoir la visite de la Police et des
ennuis trs graves, en maternelle en tout cas !). CĠest surveiller les
rsultas de Mohammed, inexplicablement en chute libre ce trimestre ; cĠest
prendre le temps dĠexpliquer au pre de Nassira que les filles ne sont pas
irrmdiablement voues au mariage lĠage de 11 ans ; cĠest se demander
pourquoi Olivier refuse dĠter son anorak avant de sĠapercevoir quĠil a les
bras marqus de traces de brlures de cigarettes ; en collge, sĠisoler du
monde extrieur, sanctuariser lĠextrme lĠEcole dans son ensemble, cĠ est ne
pas savoir entendre lĠadolescente panique qui demande son professeur ce quĠ
elle doit faire aprs sa premire nuit passe sans protection avec son petit
copain. (JĠai personnellement vcu cette situation dĠcoute dlicate).
Si nous, les enseignants, ne savons pas nous pencher sur ces cas, qui le
fera ?
LĠ Ecole est aux prises avec des conflits qui ne lĠpargnent pas. Les tablissements scolaires ne sont pas des Ambassades qui bnficieraient dĠune situation dĠexterritorialit. Ils forment une entit, encore trop souvent un monde clos, qui ne peut rester sourd aux chos qui lui parviennent de lĠextrieur.
9
-MORCEAUX
CHOISIS
Les extraits suivants proviennent tous des Dossiers Documentaires, Numro spcial de Mars 1966 consacr lĠexpression orale et crite. Ils prouvent :
Aucun
texte nĠest postrieur 1966 ; le dernier date deÉ 1904
Suggestions mthodologiques :
Ç LĠenfant de huit ans garde encore une certaine fracheur, une spontanit qui se manifestent volontiers dans ses premiers crits. Retrouvez le onze ans, il nĠest capable, le plus souvent, que dĠcrire dix lignes cohrentes de banalits impersonnelles È F. Ters, Education Europenne Numro 34, novembre-dcembre 1964
Ç A voir les rsultats quĠil donne souvent, en particulier lĠexamen du Certificat dĠtudes, on considre volontiers lĠenseignement du franais lĠcole primaire comme un enseignement dcevant,