POUR CHANGER (VRAIMENT) LĠECOLEÉ ET CONSTRUIRE UN SYSTEME SCOLAIRE A LA HAUTEUR DES ENJEUX DE NOTRE DEMOCRATIE

 

 

 

Christophe Chartreux

 

 

Quelques thses qui traversent cette contribution :

 

1-    Il nĠ y a pas eu dĠage dĠor de lĠEnseignement

2-    Les tenants de lĠ Ç Ecole dĠhier È nous mentent

3-    Les Enseignants actuels, dans leur immense majoritŽ, ne fabriquent pas de crŽtins

4-    Les programmes actuels nĠont rien ˆ envier ˆ ceux dĠ hier

5-    LĠEducation nĠa pas fait sa RŽvolution (et cĠest dommage)

6-    La recherche pŽdagogique nĠest pas entendue, et ceci depuis des dŽcennies (On ne peut donc lĠaccuser des maux et dŽfauts de notre enseignement)

7-    Tout ne va pas bien pour autant et une rŽforme profonde de la formation des Professeurs est ˆ mettre en place en y associant la recherche pŽdagogique

8-    LĠorientation, notamment post-bac, est inexistante de fait. CĠest une erreur de croire que lĠavenir de nos futurs Žtudiants se trouve dans les brochures de lĠONISEP

 

 

I – Analyse de lĠƒcole et de son contexte

(cette partie s'appuie partiellement sur l'ouvrage de C. Guigon, N. Gauthier, M.-A. Guillot, Les instits, Paris, Le Seuil, 1986)

 

1-   Ç LĠ ECOLE NĠEXISTE PAS ! È

 

QuĠest ce que lĠ Ecole ? Si la question para”t simple, la multiplicitŽ des rŽponses en rŽvle en fait la difficultŽ sous-jacente. On entend dĠailleurs tout et le contraire de tout!

 

Depuis quelques annŽes, la mŽchante humeur a trouvŽ ses porte-parole: SOS Education, Sauver les Lettres ou Jean Paul Brighelli, auteur de La Fabrique du CrŽtin et gourou auto proclamŽ Ç spŽcialiste È dĠˆ peu prsÉtout, sĠŽpoumonent contre ceux quĠils appellent les PŽdagogues ou, pire encore, les Ç pŽdagogistes È, quand ce ne sont pas les Ç pŽdagogos È, responsables ˆ leurs yeux des maux, rŽels, supposŽs et inventŽs, qui frappent notre Ecole. Rien de bien nouveau dĠailleurs dans leurs protestations. Ils rejoignent la mre de famille qui, aprs telle ou telle Žmission de tŽlŽvision, dŽclare, outrŽe : Ç Mais ma fille nĠapprend pas tout a ˆ lĠŽcole ! Sa prof est nulle ! È CQFD !... ; mais aussi cette institutrice ˆ deux ans de la retraite et qui se souvient ou croit se souvenir de ses premiers Žlves : Ç Ah mais ils Žtaient bien meilleurs ! Et bien plus polis parce que bien mieux ŽlevŽs ! È ; et encore le politicien, de droite comme de gauche, faisant de lĠEcole une cible facile : ÇLe gaspillage financier est intolŽrable ! Les enfants ne  savent plus rien ! È ; enfin le syndicaliste participe lui aussi, ˆ sa manire, au concert : ÇIl manque des moyens, des postes et des sous ! È. Une cacophonie sans nom !

 

Dans le mme temps, on entend le discours exactement inverse : Ç Ce que font mes enfants aujourdĠhui ˆ lĠŽcole est extraordinaire ! Comme jĠaurais aimŽ pouvoir en faire autant, de mon temps ! Mme de lĠinformatique ! Et ils lisent de beaux livres ! È sĠŽmerveille une maman. Ç Mes Žlves sont polis et leur niveau est bien plus ŽlevŽ que celui auquel je mĠattendais ! È renchŽrit ce professeur dĠŽcole tout ŽtonnŽ de ne pas avoir ˆ mater une horde de sauvages. JusquĠau Ministre qui promet, ˆ son entrŽe en fonction : Ç Je nĠattacherai pas mon nom ˆ une nouvelle rŽforme. DĠailleurs, tout ne va pas si mal ! È. LĠeuphorie gŽnŽrale!

 

Mais alors lĠEcole, quĠest ce que cĠest ? Bien difficile ˆ dire, nĠest ce pas ?É En fait, jĠaffirme ici que lĠEcoleɍa nĠexiste pas ! Elle a toujours ses quatre murs, une cour de rŽcrŽation, des salles de classes et parfois une devise rŽpublicaine ˆ son fronton mais elle nĠest que DIFFERENCES :

 

-       lˆ une b‰tisse bŽtonnŽe ou Ç ferraillŽe È surgie au milieu des HLM

 

-       ici une bonne vieille Žcole de village jouxtant la Mairie et b‰tie de plain-pied, en pierres, avec ses fentres donnant sur les platanes de la cour et juste aprs le muret, la campagne qui commence.

-       enfin lĠŽcole parisienne, souvent de briques rouges, dont lĠentrŽe surmontŽe du Drapeau tricolore donne sur un escalier de bois blanchi par lĠeau de Javel des lavages.

 

Et dans chaque classe, des ma”tres et des ma”tresses tous diffŽrents par lĠ‰ge, lĠorigine et la formation. Et dans chaque classe, des enfants diffŽrents par leur culture, leur milieu et leurs capacitŽs. Et tout ce petit monde DOIT travailler ensemble, au mme rythme si possible, pour atteindre toujours ensemble lĠobjectif assignŽ ˆ lĠEcole depuis la IIIme RŽpublique et toujours en vigueur : Ç Apprendre ˆ lire, Žcrire et compter È.

 

Peut tre est-elle lˆ, la cause de tous ces maux, rŽels et imaginaires. Aprs la Seconde Guerre Mondiale, lĠEcole change de r™le et de fonctions, et ceci plusieurs fois de suite. Des rŽformes nombreuses voudront la transformer ; bien peu seront effectivement appliquŽes. Aucune, de fond ni dĠimportance, ne le sera sur des durŽes excŽdant 5 ans. Elle conserve des rites et des manies immuables. Sa Ç clientle È sĠest diversifiŽe et massifiŽe. Les parents et quelques autres en font le bouc Žmissaire dĠune sociŽtŽ post industrielle mal dans sa peau. Pourtant elle garde des rgles de vie et des pratiques pŽdagogiques hŽritŽes du sicle dernier. LĠŽchec scolaire a bon dos ! Il rŽsume tout et nĠexplique rien ! (Voir paragraphe 3 du prŽsent travail)

 

 

2-  EDUQUER ET INSTRUIRE

 

Les professeurs dĠŽcole, mais aussi lĠensemble de la profession enseignante, sĠassignent des objectifs trs souvent divergents :

 

-       1977 : Etude SOFRES/Monde de lĠ Education :

 

 

-       Septembre 1984 : Etude IPSOS/Le Monde

 

 

La synthse des deux missions, Eduquer/Instruire, avait ŽtŽ Žtablie par Jean Marc Favret en 1985 pour le CNDP :

 

Ç Education et Instruction sont insŽparables (É). LĠenfant doit apprendre ˆ bien lire, Žcrire et compter et, dans le mme temps, ˆ se situer dans le monde qui lĠentoure. (É)  QuĠon le veuille ou non, quĠon en prenne conscience ou non, toute classe est une classe hŽtŽrogne. Les origines culturelles et sociales, les diversitŽs linguistiques et techniques croisent ˆ lĠenvi les diffŽrences dĠapparences et de comportements. Le public de lĠŽcole est variŽ mais sa mission reste unique. Or le systme scolaire doit permettre ˆ chacun de sĠoutiller pour la vie. È.

 

Concilier la vie des enfants et les objectifs assignŽs ˆ lĠŽducation -instruction comprise- est le lot commun de TOUS les enseignants. Mme les inconditionnels des Ç savoirs È ne peuvent pas contourner cette donnŽe. Celui qui affirme Ç Je nĠai aucun problme de discipline È nĠexplique en fait que son autoritŽ, son influence, son pouvoir de sŽduction permettant dĠobtenir de ses Žlves les conditions qui permettent de travailler. Et ce travail qui conditionne lĠinstruction, cĠest lĠŽducation.

 

MalgrŽ (ou ˆ cause de) cette querelle Instruction/Education, lĠŽvolution de lĠEcole me semble paradoxale. On pourrait facilement dŽmontrer que, contrairement aux affirmations de certains tenants du fameux Ç cĠŽtait mieux avant È, rien nĠa fondamentalement changŽ : le tableau noir o sont encore trs souvent inscrits les incontournables exercices du BLED, Bible de lĠorthographe ; lĠestrade ; les boites de craies ; parfois mme les paquets dĠimages, tout est encore lˆ. La configuration des tables a ŽtŽ ˆ peine revue et corrigŽe en collge  et lycŽe aprs mai 1968. Et tout cela aussi bien en milieu rural quĠurbain. Seules fantaisies concŽdŽes ˆ la tradition : des murs repeints et un micro ordinateur (plus imposŽ que choisi), maisÉle bureau du ma”tre toujours face ˆ ses Žlves ! (CĠest symbolique car jĠai parfaitement conscience que ce nĠest pas en supprimant ou en changeant le bureau de place quĠon Žvoluera plus vite.)

 

SĠil fallait une autre preuve de cet immobilisme, la lecture du Code Soleil (recueil de tous les textes administratifs concernant lĠenseignement primaire) y suffirait. Entre 1929(1re Ždition) et 1999, seules deux parties ont disparu : celle concernant les devoirs et droits des membres de lĠenseignement public et celle qui prŽsentait la lŽgislation de lĠenseignementÉprivŽ ! On a Žgalement dŽbaptisŽ le Conseil SupŽrieur de lĠInstruction Publique en celui de lĠEducation Nationale et les Inspecteurs Primaires sont devenus Inspecteurs de lĠEducation Nationale (IDEN). Rien de plusÉ

 

Je conseille Žgalement la lecture du Dumas utilisŽ dans tous les Cours Moyens de France pendant des annŽes (JĠai sous les yeux, au moment o jĠŽcris ces lignes, lĠŽdition originale de 1931 : L. Dumas, Le Livre Unique de Franais, Hachette Paris 1931). En laissant de cotŽ la prŽsentation, Žvidemment dŽpassŽe et vieillotte, tous les exercices (Lecture ; Grammaire ; Vocabulaire ; Orthographe ; Composition Franaise) sont contenus dans le mme ouvrage et ont pour fondement un seul et mme texte. Textes qui pour 108 dĠentre eux- sur 120-  nĠont aucune Ç valeur littŽraire È. Cela ne rappelle-t-il rien ˆ ceux qui dŽnoncent les contenus dĠapprentissages actuels. 1931É2006ÉCĠŽtait mieux avant ? Non bien sžr !

 

En prs dĠun sicle, la Ç rŽvolution pŽdagogique È responsable de TOUS les maux de lĠŽcole nĠa pas eu lieu ! Au contraire, lĠEcole reste prisonnire de son Histoire.

 

(Voir Žgalement le paragraphe 9 de cette Žtude)

 

 

3- A PROPOS DĠECHEC SCOLAIRE

 

A quelques exceptions prs, les professeurs dĠŽcole, de collge et de lycŽe travaillent ! Beaucoup mme, parmi les Ç instits È sĠacharnent, seuls devant le tableau noir avec leurs 27 heures hebdomadaires et leurs 7 disciplines. Tous sont confrontŽs ˆ des problmes difficiles dont le plus dramatiquement mal vŽcu est sans contestation lĠŽchec scolaire.

 

Echec ? Certains rŽfutent le terme, comme Jean Pierre Chevnement car il met en cause lĠŽcole et elle seule estimait lĠancien Ministre de lĠEducation Nationale. Il lui prŽfŽrait son contraire, le mot Ç rŽussite È. DĠautres sĠinsurgent contre lĠinfamie du mme mot qui relgue aux oubliettes les oubliŽs du systme. Et pourtantÉ

 

LĠŽchec scolaire est aussi vieux que lĠŽcole obligatoire. Il nĠa en effet jamais existŽ dĠage dĠor de lĠenseignement. Les ma”tres des annŽes 1960 exerant devant les classes de fin dĠŽtudes qui menaient au Ç certif È tŽmoignent du dressage infligŽ ˆ leurs Žlves pour les mener au jour de lĠexamen. Voici ce que me disait un vieil instituteur poitevin, aujourdĠhui retraitŽ : ÇLe plus important de lĠannŽes, cĠŽtait de faire moins de 5 fautes ˆ la dictŽe du Certificat dĠŽtudes, parce que 5 fautes, cĠŽtait Žliminatoire. Quinze jours avant, il nĠŽtait pas prts et 15 jours aprs, ils avaient quasiment tout oubliŽ È. Quant ˆ ceux quĠon ne prŽsentait mme pas au Ç certif È et qui quittaient lĠŽcole ˆ 14 ans sans dipl™me, ils sont enfouis dans la chronique enthousiaste des grandes et riches heures de lĠEcole La•que.

 

LĠŽchec scolaire a aussi une f‰cheuse tendance ˆ rŽvŽler impitoyablement les inŽgalitŽs sociales. Sans dire que lĠEcole les crŽe, force est de constater quĠelle les fortifie. Entre 1978 et 1984 puis entre 2001 et 2005, les chiffres nĠont quasiment pas variŽ : 93% des enfants de cadres supŽrieurs et professions libŽrales ont effectuŽ une scolaritŽ primaire Ç sans fautes È ; 36% seulement dĠenfants dĠouvriers/employŽs sont dans le mme cas. Le profil type de lĠŽlve en Žchec scolaire est bien connu : fils ou fille dĠouvrier/employŽ ; pre ch™meur ; famille monoparentale suite ˆ un divorce ; famille surendettŽe ; fils ou fille dĠimmigrŽs. Dans ces cas lˆ, apprendre ˆ lire, Žcrire et compter nĠest pas ressenti comme une prioritŽ. Les habitudes sŽlectives se prennent dĠailleurs trs t™t puisque 91% des Žlves ayant redoublŽ le CP nĠatteindront jamais la seconde.

 

LĠŽchec scolaire a souvent ŽtŽ expliquŽ, en partie, par les pŽdiatres (Docteurs Courtecuisse, Vermeil et Guran). ExtŽrieurs ˆ lĠinstitution, ceux-ci nĠont pas ŽtŽ entendus. Leur Žtude nĠa dĠailleurs jamais ŽtŽ publiŽe ! Il faut dire que leur discours Žtait direct :

 

-       la moitiŽ des Žlves dĠune classe dĠage nĠatteint pas le baccalaurŽat

-       40% seulement des Žlves accdent ˆ la terminale

-       le systme Žducatif porte une large responsabilitŽ de ces Žchecs

-       le systme Žducatif fonctionne en imposant une norme et un rythme auxquels TOUS les Žlves doivent sĠadapter ou se soumettre

-       les rythmes biologiques des enfants ne sont pas pris en compte :

 

 

Le systme Žducatif tranche dans le vif. CĠest ˆ 6 ans que lĠon trie les Ç bons È et les Ç mauvais È. La lenteur et les retards sont ŽrigŽs en maladies chroniques. Voila sans doute pourquoi 1 enfant sur 8 parcourt sans fautes la totalitŽ du cursus dĠenseignement gŽnŽral, du CP au BaccalaurŽat.

 

 

4- Ç LE NIVEAU BAISSE ! È

 

Ç Le niveau baisse ! È. Ce cri est devenu le leitmotiv des dŽtracteurs de lĠEcole: parents dŽsespŽrŽs parce que  mal informŽs, professeurs aigris se consolant dans la lecture ou lĠŽcriture de pamphlets mensongers, mais trs Ç tendance È, inspecteurs irascibles. Mme la presse, en particulier tŽlŽvisuelle, embo”te le pas aux Ç anti pŽdagogues È. LĠinterview de Jean Paul Brighelli sur France 2 par une Franoise Laborde plus que complaisante fut ˆ cet Žgard rŽvŽlatrice de lĠaudience accordŽe ˆ tous les poncifs vŽhiculŽs, dont ce trop fameux Ç le niveau baisse ! È.

 

Rien de nouveau sous le soleil pourtant. En 1938, voila ce quĠŽcrivaient les collaborateurs de Jean Zay, Ministre de lĠEducation Nationale du Front Populaire (assassinŽ par les nazis avec la complicitŽ de Vichy) : Ç On constate que la lecture courante nĠest pas acquise ˆ 10 ans par la moyenne des Žlves. Dans les premire et deuxime annŽes du primaire supŽrieur (aujourdĠhui 6me et 5me), nombre dĠŽlves nĠont pas la perception rapide et globale des mots et des phrases qui seule permet une lecture courante et intelligente È.

 

Toujours en 1938, ces propos sont devenus Ç Instructions du 20 septembre relatives aux arrtŽs du 23 mars 1938 È et concernant lĠapprentissage de la lecture (Bibliothque pŽdagogique EDSCO, Editions scolaires, ChambŽry 1950, Edition Originale, page 30)

 

Ç LECTURE ET RECITATION. –  (É) Des constatations faites dans de nombreuses Žcoles, il rŽsulte que Ç la lecture courante È nĠest pas compltement acquise ˆ 10 ans par la moyenne des Žlves. (É) Dans la deuxime annŽe du Cours supŽrieur et mme dans la premire annŽe des Žcoles primaires supŽrieures, on voit encore des Žlves qui nĠont pas cette perception rapide et globale des mots et des phrases qui seules, permet une lecture courante intelligente È

 

Enfin, jĠai pris le plaisir de comparer les programmes de Franais suivants :

 

-       Programmes et Instructions de lĠEnseignement Primaire È en rapport avec lĠenseignement du Franais : 1923, 1938, 1945, 1946, 1947

 

                                                                   ET

 

-       Instructions officielles Ç Cycle des approfondissements Cycle 3, Bulletin Officiel de lĠEducation Nationale hors sŽrie NumŽro 1 du 14 fŽvrier 2002 (Instructions en vigueur actuellement)/Toujours uniquement en ce qui concerne lĠenseignement du Franais

 

 

 

BOI 14 FEVRIER 2002, page 21 : Objectifs : (É) Le respect du dŽroulement chronologique, jalonnŽ par des dates significatives, y est donc essentiel et constitue lĠune des bases de lĠapproche historique.

 

                                                                      Programme : (É) La programmation (É) doit respecter lĠordre chronologique et ne nŽgliger aucune pŽriode, y compris la plus rŽcente.

 

                                                          

                                                                      CompŽtences (devant tre acquises en fin de cycle)/Page 23 : Etre capable de distinguer les grandes pŽriodes historiques, pouvoir les situer CHRONOLOGIQUEMENT (É).

 

Je pourrais encore apporter bien des preuves, par un travail comparatif, que les programmes actuels et leur application nĠont strictement rien ˆ envier ˆ ceux de 1947. La crainte de la dŽgradation de la qualitŽ de lĠenseignement est plus vieille encore que lĠEcole gratuite, la•que et obligatoire. Ces textes montrent si besoin est ˆ quel point les Ç adorateurs È dĠun age dĠor de lĠEducation Nationale se trompent et nous trompent.

 

(JĠaccuse au passage, ˆ la lumire de mes propres recherches et ˆ la lumire des recherches prŽsentŽes plus avant, tous ces enseignants aigris, vŽritables rŽvisionnistes du passŽ, mensongers sur le prŽsent et uniquement soucieux de leur petite part de Ç gloire È au travers de leurs Žcrits mŽdiocres, de nĠagir quĠˆ des fins politiciennes.)

 

Curieusement, il existe trs peu dĠŽtudes scientifiques sur les niveaux comparŽs des Žlves du dŽbut du XXme sicle et dĠaujourdĠhui. Quelques indications nŽanmoins :

 

-       1973 : Franois Ters, Orthographe et vŽritŽs, Paris, ESF, 1973 : Celui-ci a comparŽ les rŽsultats sur une mme phrase dictŽe aux Žlves des cours moyens en 1904 et 1965. LĠavantage revient ˆ ces derniers.

-       LĠINRP (Institut National de la Recherche PŽdagogique) sĠest intŽressŽ aux performances en MathŽmatiques des enfants de cours moyens 1957, 58 et 61 dĠune part, 1970, 77, 78 dĠautre part, 1997, 98 et 99 enfin. La conclusion est sans appel : Ç Les enfants savent aussi bien faire des opŽrations quĠil y a 20, 30 et 50 ans. En gŽomŽtrie, ils sont trs nettement plus performants È

-       Louis Legrand, Chercheur en Sciences de lĠEducation, a observŽ quĠun enfant de 1990 devait en savoir et en assimiler beaucoup plus que son petit camarade de 1900, tout programme comparŽ.

 

La prŽtendue Ç baisse de niveau È est bien un fantasme engendrŽ par une sociŽtŽ inquite de son avenir et de son Ecole. Depuis les annŽes 1975/80, les rumeurs persistantes sur le thme Ç France, ton enseignement fout le camp ! È sont vŽhiculŽes paralllement ˆ la mise en place de la dŽmocratisation de lĠEcole et ˆ la baisse du prestige social du corps enseignant. Les ma”tres ne sont plus les notables considŽrŽs dĠavant guerre. Plus grave mme, plut™t que dĠavouer leurs faiblesses, pourtant comprŽhensibles, plut™t que de confronter leurs difficultŽs pour les rŽsoudre EN EQUIPES, beaucoup dĠenseignants en rejettent la responsabilitŽ sur leurs Žlves ou sur les PŽdagogues dont, il faut le dire et le redire, un nombre infime de propositions a ŽtŽ effectivement appliquŽ.

 

En retour, les parents lŽgitimement sensibles ˆ ces difficultŽs, accusent lĠEcole. Professeurs dĠEcole, Professeurs de collges et lycŽes, parents, tous se renvoient la balle, convaincus ˆ la longue que Ç le niveau baisse È. Longtemps, encore aujourdĠhui dĠailleurs, on a cru que ces difficultŽs dĠapprentissage, rŽelles pour certaines, fantasmŽes pour dĠautres, rŽsultaient dĠune querelle de mŽthodes pŽdagogiques et quĠune fois lĠaffaire rŽglŽe, on nĠen parlerait plus ! Malheureusement aucune lumire nĠa jamais jailli des disputes entre tenants de la mŽthode globale de lecture (jamais appliquŽe) et tenants de la mŽthode alphabŽtique ou syllabique (B-A- BA).

 

 

 

5- Ç VA FAIRE TES DEVOIRS ! È

 

Bulletin Officiel de lĠ Education Nationale No 1, 3 janvier 1957 

 

ÇAucun devoir Žcrit, soit obligatoire, soit facultatif, ne sera demandŽ aux Žlves hors de la classe. Cette prescription a un caractre impŽratif et les Inspecteurs DŽpartementaux de lĠEnseignement du 1er degrŽ sont incitŽs ˆ veiller ˆ son application stricte È.

 

MalgrŽ cette Instruction officielle toujours en vigueur, les devoirs ˆ la maison, oraux et Žcrits, restent le lot commun de la quasi-totalitŽ des Žlves de lĠŽcole primaire. La rŽsistance active dĠune majoritŽ de professeurs dĠŽcole ˆ une directive vieille de 50 ans a de quoi surprendre. LĠintention du Ministre Žtait et reste louable : ne pas surcharger les Žlves de travail et ne pas introduire de discrimination entre les enfants Ç aidŽs È et ceux qui ne le sont pas. Or depuis un demi-sicle, des gŽnŽrations dĠenfants nĠont jamais ressenti le moindre effet dĠune semblable intention.

 

DĠaprs une Žtude de lĠ INRP, dŽjˆ ancienne (1985) mais toujours dĠactualitŽ, quatre constats ont ŽtŽ Žtablis :

 

-       83% des professeurs dĠŽcole donnent des devoirs (oraux et Žcrits), au minimum quatre ˆ cinq fois par semaine, ˆ faire ˆ la maison. 81% des Žlves sĠen acquittent avec dĠautant plus de zle que leur non exŽcution nĠest pas admise.

-        Contrairement ˆ ce qui se dit, le travail ˆ la maison nĠest absolument pas destinŽ ˆ compenser les lacunes de tel ou tel Žlve, ni ˆ rattraper les retards pris en classe puisque 82% des professeurs dĠŽcole donnent LE MEME travail ˆ faire ˆ TOUS les Žlves de la classe.

-       Plus lĠŽlve avance dans sa scolaritŽ primaire, plus il doit sacrifier au rituel du travail ˆ la maison. Au CM2, lĠenseignant exige des dossiers, des interviews, des rŽdactions, prŽfigurant ainsi les devoirs de collge.

-       Peu dĠenseignants du primaire ont une notion claire de la charge de travail infligŽe aux jeunes Žlves. Une demie heure de travail en plus par jour reprŽsente cinq heures hebdomadaires supplŽmentaires, tout cela pour constater que les bons Žlves sontÉbons, que les Žlves moyens sontÉmoyens et que les Žlves en difficultŽ ont dŽcidŽment bien desÉdifficultŽs.

 

(A noter : nombreux sont les enseignants qui se plaignent des contraintes imposŽes par leur IDEN, leur Conseiller PŽdagogique ou leur Ma”tre formateur IUFM. Curieusement, ce sont ces mmes enseignants qui se fichent comme dĠune guigne de lĠInstruction Officielle du 3 janvier 1957É Comme quoi, quand on veut, on peutÉ)

 

Mais si les devoirs/maisons rŽsistent aussi bien aux instructions officielles, cĠest aussi parce que les parents en redemandent. Ce sont dĠailleurs souvent les parents les moins instruits qui rŽclament du travail ˆ la maison. Trois raisons ˆ cela :

 

-       Ils pensent que les devoirs/maisons permettent de mieux retenir ce qui est appris dans la journŽe ˆ lĠŽcole

-       Ils esprent que les devoirs/maisons empcheront leurs enfants de tra”ner dans la rue

-       CĠest souvent leur seul lien avec lĠŽcole

 

Les devoirs/maisons suscitent donc un double paradoxe. DĠune part, ils constituent un facteur de sŽlection sociale puisque certains enfants ne sont jamais aidŽs ou ne peuvent pas travailler correctement chez eux. DĠautre part, ils sont rŽclamŽs par ceux auxquels ils profitent le moins. En revanche, les Ç milieux aisŽs È sont plus discrets sur ce chapitre. Trs exigeants vis-ˆ-vis de lĠEcole, ils trouvent des subterfuges pour administrer la Ç pilule vespŽrale È : Ç Fais tes devoirs ou je te prive de judo ! È. A dŽfaut, la sŽance de calcul peut devenir un moment de jeu en famille. Privilge bourgeois que de ne pas avoir tout ˆ apprendre et ˆ attendre de lĠ Ecole.

 

LĠEcole est lĠunivers de bien dĠautres paradoxes qui expliquent le prŽcŽdent :

 

-       Les professeurs veulent transformer lĠEcole mais ils refusent de dŽmŽnager leur classe pour transfŽrer leur cours prŽparatoire du 2me Žtage au rez-de-chaussŽe parce quĠil est plus facile ˆ des enfants de 6 ans dĠaccŽder de la cour de rŽcrŽation ˆ leur sale de classe.

-       Les professeurs dĠŽcole vous expliquent en permanence quĠil leur est difficile de sĠen sortir seuls mais ils se mŽfient du travail en Žquipe et ne veulent voir personne dans leur classe. (Le fait est encore plus remarquable en collge/Le travail en Žquipe est en revanche souvent exemplaire en ZEP et il donne des rŽsultats)

-       Toutes et tous trouvent leurs classes trop exigu‘s mais nĠutilisent pas tout lĠespace, en sortent encore moins et concentrent leurs activitŽs sur le tableau.

 

Beaucoup de Professeurs, dĠŽcole, de collge et de lycŽe sont avant tout conservateurs. Autant par routine que par conviction profonde. Si la demande de changement est Žnorme, les classes se suivent et, souvent, se ressemblent. Les devoirs/maisons ont encore de beaux jours devant euxÉ

 

De lĠimagination pŽdagogique et des innovations naissent le malheur et le scandale, dit on ici et lˆ ! On leur prŽfre donc un sicle de savoir-faire rŽcrit au gožt du jour ! JusquĠ ˆ lĠennuiÉ

 

 

6- DISCOURS SUR LA METHODE

 

Instructions du 20 juin 1923 relatives au nouveau plan dĠŽtudes des Ecoles Primaires ElŽmentaires (Bibliothque pŽdagogique EDSCO, Editions scolaires, ChambŽry 1950, (Edition originale,  page 10) : LECTURE : Ç Nous ne prŽconisons aucune mŽthode : la meilleure sera celle qui donnera les rŽsultats les plus rapides et les plus solides. Entre la mŽthode dĠŽpellation et la mŽthode syllabique ou la mŽthode globale, nous ne faisons aucun choix. È

 

Si lĠenseignement de lĠŽcriture nĠa gure changŽ ˆ lĠexception de lĠart et la manire de former les Ç anglaises È, si celui du calcul sĠest transformŽ dans la lettre mais pas dans lĠesprit, lĠenseignement de la lecture reste lĠŽpicentre des plus violentes polŽmiques qui ont secouŽ les 50 dernires annŽes du XXme sicle et les premires annŽes du sicle qui commence.

 

A notre droite, les tenants de la mŽthode alphabŽtique qui, pensent ils, a fait ses preuves depuis la IIIme RŽpublique auprs de ceux qui accŽdaient ˆ lĠinstruction. A notre gauche, les tenants de la mŽthode dite Ç globale È, ŽlaborŽe par Ovide Decroly. En caricaturant et pour faire court, la mŽthode alphabŽtique permet de mŽmoriser les lettres puis de les combiner entre elles. La mŽthode globale permet de mŽmoriser des mots. Dans cette querelle, on retrouve les durs et les mous, les croyants et les athŽes, plus quelques intŽgristes fanatiques. Et encore ! Pour le grand public, la querelle nĠoppose que deux mŽthodes. Mais lĠaffaire se complique singulirement quand on sait quĠil existe beaucoup dĠautres faons dĠapprendre ˆ lire ! Une seule chose est sžre : aucune mŽthode nĠa su garantir ˆ 100% la rŽussite des enfants en lecture.

 

 

Ceci est dĠautant plus vrai que la querelle sĠest accompagnŽe dĠimprŽcations, dĠimprŽcisions, de non-dits, dĠinterprŽtations, de mensonges mme. NĠa-t-on pas accusŽ la mŽthode globale de provoquer des troubles de la mŽmoire et de rendre certains enfants dyslexiques ? On sait aujourdĠhui quĠil nĠen est rien mais la rumeur a laissŽ des traces indŽlŽbiles. Trs rŽcemment, on a mme eu le culot dĠexpliquer les rŽvoltes des banlieues par cette mme mŽthode globale ! Les enfants lisent mal, cĠest la faute ˆ Decroly, donc ils bržlent des voitures ! Ah bon !

 

En 2006, il nĠest en tout cas pas un seul ma”tre en France pour prŽtendre nĠutiliser QUE la mŽthode globale. En revanche, tous ou presque mŽlangent les genres : un zeste dĠalphabŽtique, trois gouttes de globale et une sauce toute personnelle. Le cocktail fut dĠailleurs officialisŽ lors dĠun colloque organisŽ en 1979 par Christian Beullac, Ministre de lĠEducation Nationale. Devant une assistance mŽdusŽe et regardant le bout de ses chaussures, Colette Chiliand, psycholinguiste, concluait en ces termes :

Ç On ne peut pas rŽellement savoir si une mŽthode est bonne ou mauvaise. Quand le ma”tre qui lĠapplique est convaincu, il y a toujours un taux exceptionnel de rŽussite. Quand il ne lĠest pas, quand il obŽit ˆ untel ou untel, ˆ une mode du moment, cĠest lĠŽchec ! È

 

QuĠon se le dise !.... en relisant les instructions officielles de1923 !

 

 

 

7- PETIT TOUR EN MATERNELLE

 

Ç Depuis que je suis enseignante, je me suis trs souvent remise en question È ; Ç Il est nŽcessaire dĠavoir des idŽes biodŽgradables en pŽdagogie. Il faut se dŽbarrasser des stŽrŽotypes È ; JĠadore inventer des situations nouvelles pour vois comment vont rŽagir les enfants È ; Ç Mes lectures ? Des livres de pŽdagogie, de linguistique, de psychologie de lĠenfant, et pas seulement du DoltoÉ È.

 

Mais quel est ce Professeur dĠEcole qui sĠexprime aussi librement, avec autant dĠenthousiasme ? Certainement une Ç mordue È qui ne dŽcrochera plus.

 

Oui mais seulement voilaÉCĠ est une veinarde : elle enseigne en maternelle, la section Ç chouchoute È, lĠunivers clos, protŽgŽ, ˆ lĠŽcart des conflits et du dŽmon de lĠŽchec scolaire. En maternelle, ni examen, ni sanction. De plus, cĠest la vitrine de la recherche pŽdagogique. Bref la maternelle est une oasis, un lieu dĠexpression et dĠŽpanouissement ŽpargnŽ par les contraintes.

 

Coin-poupŽes, coin-cuisines, coin-livresÉDes images aux couleurs vives accrochŽes partout aux mursÉUn cochon dĠInde dans une cage, la mascotte des enfantsÉLĠŽnorme calendrier o sont notŽs les anniversairesÉEn rouge et en gros caractres le di-manche...Des bouts de moquette de toutes les couleurs o lĠon sĠassoit pour lire, en puisant ˆ pleines mains dans de grands paniers remplis de livresÉNathalie sĠest mise ˆ part ; elle prŽpare la cuisine des poupŽesÉTout ˆ lĠheure sera Ç le temps des mamans È o chacune dĠelles viendra dans la classe chercher son enfant, en prenant tout le temps qui lui sera nŽcessaireÉCĠ est quĠelle a bien changŽ lĠŽcole maternelle. Hier on y exŽcutait les ordres au sifflet ; aujourdĠhui elle est le salon de lĠinnovation pŽdagogique, enviŽe par le monde entier ! Lentement mais sžrement, la scolarisation des tout-petits (2 ans) progresse. Personne ne conteste plus les apports dĠune Žcole maternelle vivifiŽe par les recherches pŽdagogiques et par lĠapplication de mŽthodes nouvelles :

 

-       elle permet de repŽrer trs t™t les handicaps

-       elle offre de meilleures chances pour la rŽussite scolaire ultŽrieure

 

Il convient nŽanmoins de nuancer ces indiscutables rŽussites. LĠŽcole maternelle nĠefface pas la tare indŽlŽbile du systme Žducatif, ˆ savoir la reproduction des inŽgalitŽs sociales. Le fils dĠouvrier/employŽ qui rentre ˆ lĠŽcole ˆ trois ans nĠa gure dĠespoir, statistiquement parlant, de mieux rŽussir sa scolaritŽ primaire que son camarade fils de cadre, lequel ne lĠaura pourtant rejoint quĠen CP. Et la crŽativitŽ des professeurs dĠŽcole en maternelle nĠest pas encore pour eux un passeport pour la rŽussite scolaire. HŽlas !

 

A ce sujet, il est nŽcessaire de souligner que les professeurs dĠŽcole exerant en maternelle pratiquent un militantisme pŽdagogique hors du commun. La liste des Ç charmes È de lĠŽcole maternelle, trop longs ˆ ŽnumŽrer, est le rŽsultat de ces rŽflexions en commun, de ces permanentes remises en question, de lĠŽbullition pŽdagogique qui font envier notre Žcole maternelle partout dans le monde :

 

-       Le dialogue parents/enseignants y est plus quĠencouragŽ. Les parents ont le droit dĠentrer dans les classes, de sĠattarder avec les autres parents et enseignants

-       Certains parents mettent la main ˆ la p‰te et participent ˆ lĠanimation de lĠŽcole

-       Les heures dĠaccueil peuvent tre modulŽes en fonction du rythme des enfants

-       La sonnerie est trs souvent supprimŽe

-       Dans les Žcoles o sont scolarisŽs les Ç 2 ans È, ceux-ci entrent aprs les Ç gŽants È de 5 ans afin dĠŽviter les bousculades

-       LĠenfant est astreint au code collectif de vie mais il peut choisir ses activitŽs, avancer ˆ son rythme

-       LĠenseignant est dŽlivrŽ de programmes imposŽs trop contraignants,  des carnets de notes et des devoirs

-       LĠenseignant peut prendre son temps, observer, Žcouter et attendre tel ou tel bambin.

 

Mais les premiers sombres nuages commencent ˆ sĠaccumuler au dessus de nos Žcoles maternelles. On a dit et rŽpŽtŽ aux parents quĠelles prŽparaient, quĠelles conditionnaient lĠavenir scolaire des enfants. DŽsormais la maternelle est de plus en plus intŽgrŽe dans la stratŽgie scolaire. (En particulier dans les milieux aisŽs). Certains vont jusquĠˆ se persuader quĠintŽgrer le CP ˆ 5 ans offrira plus de chances ˆ leur progŽniture pour Ç faire È Normale Sup. ou Polytechnique.  Les professeurs dĠŽcole maternelle font lĠobjet dĠune cour (dĠune pression ?) insistante de la part des parents qui souhaitent voir leur enfant savoir lire ˆ 5 ans, voire 4. On veut dŽsormais une maternelle performante, mieux organisŽe, bref qui Ç produise È des effets visibles rapidement. Et la maternelle se mue, peu ˆ peu, en antichambre du CP. CĠest une erreur formidable !  Mais elle rŽsulte :

 

-       de la pression que dĠaucuns font peser sur les parents par un discours lamentablement alarmiste et non dŽpourvu dĠarrires pensŽes politiques.

-       dĠune pŽriode incertaine o Ç avenir È rime souvent avec Ç ch™mage È.

 

Il est ˆ craindre que dĠautres demandes croissantes pesant sur cette Žcole ne fassent voler en Žclats ce qui assurait les belles heures de la maternelle :

 

-       la libertŽ pŽdagogique

-       lĠinventivitŽ et la prise en compte des innovations pŽdagogiques

-       lĠabsence de contraintes

-       la prise en compte du dŽveloppement de lĠenfant sanctionnŽe par son Žvolution et par elle seule

Tout ce qui nĠexiste plus en primaireÉ

 

 

 8- LES CHOSES EN FACE

 

Il est vain de vouloir apprŽcier un tableau global de lĠensemble des professeurs dĠŽcole, encore moins ˆ fortiori de lĠensemble du corps enseignant. Il existe dĠexcellents ma”tres, dĠautres qui par routine, laisser-aller ou manque de curiositŽ grent leur classe au jour le jour, dĠautres encore totalement incompŽtents. Mais cette simplification est trompeuse. Telle ma”tresse adorŽe de ses Žlves peut leur inculquer lĠamour de la lecture et faire des fautes dĠorthographe ou dire des btises au cours dĠune sŽance de sciences ou de technologie. Tel autre ma”tre, tout juste sorti de lĠ IUFM, pourra rŽaliser des prodiges en petite section de maternelle lˆ o une collgue plus confirmŽe aura ŽchouŽ, par fatigue, lassitude ou dŽgožt.  Les Ç profs È travaillent avec plus ou moins de succs, plus ou moins de talent, plus ou moins de bonheur mais lĠimmense majoritŽ est motivŽe et conserve cette motivation tout au long de sa carrire.

 

Ce nĠest pas le laxisme qui menace lĠŽcole primaire mais la mŽdiocritŽ. La Ç dŽrive È de lĠ Ecole Publique exprime les fantasmes des nostalgiques de lĠordre et de la discipline dĠantan. Le vrai scandale est ailleurs. Il est dans lĠimpunitŽ o sont maintenus les fauteurs de troubles et dans la manire dont lĠinstitution se fait tacitement complice de lĠenseignant. Pour tre limogŽ de lĠEducation Nationale, il faut y mettre une volontŽ sans limite ou Ç dŽraper È de manire gravissime. (A dŽfaut, on Ç suspend de cours ÈÉ). Le dilettantisme devient alors une denrŽe difficile ˆ quantifier. Ceci dit, et pour une vingtaine dĠ IDEN interrogŽs, la proportion de Ç fumistes È invŽtŽrŽs et de Ç fauteurs de troubles È ne reprŽsente quĠ 1 ˆ 2% du total des enseignants. Bien entendu, on peut citer tel ou tel cas pour le moins troublant : (les noms citŽs ont ŽtŽ changŽs et sont inventŽs ; toute ressemblance avecÉetc. /les cas sont rŽels, directement constatŽs ou rapportŽs par des personnes de toute bonne foi).

 

-       ClŽmence Picard dicte un texte ˆ ses gamins, le walkman installŽ sur ses oreilles

-       Florence GrŽau joue au Sudoku ou lit ses magazines prŽfŽrŽs  pendant que ses Žlves sont supposŽs sĠatteler ˆ des exercices de calculs dont elle nĠa pas pris la peine dĠexpliquer les donnŽes

-       Fabrice Dumont sĠŽmerveille devant les dessins de ses Žlves. Soit, mais ils recopient le mme depuis la rentrŽe et on est enÉ fŽvrier !

-       Caroline Frot a trouvŽ un moyen agrŽable de Ç se faire de lĠargent de poche È (Je cite) dans cette petite Žcole de campagne, proche de chez elle et du cabinet de son mari chirurgien-dentiste. Elle regarde sa montre toutes les 5 minutes, attendant une rŽcrŽation qui durera une heure. Ç Je ne sais jamais quoi leur faire faire È avoue-t-elle ingŽnument et sans honte aucune.

 

Mme sĠils existent et sont graves, ces Ç exemples È restent heureusement trs rares ! La dŽsinvolture, le je-mĠen-foutisme, lĠidŽologie sur la base Ç A bas lĠEcole bourgeoise ! È ont peu cours dans lĠenseignement, quoi quĠen pensent ses dŽtracteurs. Un chiffre est tout ˆ lĠhonneur des professeurs dĠŽcole, celui du taux dĠabsentŽisme : 5,7 %, soit lĠun des plus bas, toutes professions confondues. CĠest pourtant lĠabsentŽisme Ç Žnorme È, dixit certains parents et autres archa•sants de tout poil, qui sert de premier indice ˆ la Ç dŽgradation È de lĠenseignement.

 

On travaille dans les Ecoles de France et dĠOutre Mer. Le professeur dĠ Ecole ne peut Žchapper ˆ ses Žlves : 37 semaines par an, ils se connaissent, se supportent, sĠaiment et se dŽtestent. Rien nĠest plus important que la dimension affective  de lĠenseignement du premier degrŽ parce que les enfants y sont dans leur plus jeune age et que la tte de lĠenseignant ne change pas toutes les heures. Une classe de maternelle, de CP ou de CM, cĠest aussi une ambiance de travail, de confiance ou de dŽfiance, de sympathie ou dĠinimitiŽs, dĠincomprŽhensions et de complicitŽs. Une annŽe scolaire est rythmŽe par des exercices, certes, mais AUSSI tissŽe de mille points de repres entre les gamins et leur ma”tre(sse). Il nĠ y a dĠailleurs rien de contradictoire entre cela et leur obsession commune : apprendre ˆ lire, Žcrire et compter.  Jean Pierre Chevnement en son temps, Gilles de Robien plus rŽcemment, nĠont rien inventŽ. Ils ont formulŽ, plus ou moins adroitement, lĠune des hantises du Professeur dĠŽcole, comme me lĠa dit spontanŽment cette Institutrice (32 ans) landaise : Ç Faire classe, cĠest apprendre ˆ lire È. HŽlas on raconte, ici et lˆ, que les Professeurs dĠŽcole ont perdu de vue cet objectif en laissant de cotŽ les apprentissages fondamentaux. Or, TOUTES les Žtudes prouvent que les ma”tres passent leur temps, bien au-delˆ des horaires officiels, ˆ faire du Franais et du Calcul et, plus prŽcisŽment, de la lecture et des opŽrations.

 

Il est nŽanmoins tout aussi incontestable que, comme de tout temps, certains professeurs sĠen sortent plus ou moins bien. IsolŽ dans sa classe, lĠenseignant a trop souvent tendance ˆ se Ç couper du monde È. Il ne peut pourtant sĠabstraire, contrairement ˆ ce quĠaffirme Jean Paul Brighelli par exemple, de lĠenvironnement de son Žtablissement. Ç  Faire classe È, cĠest aussi comprendre pourquoi Mathieu ne desserre plus les dents depuis 15 jours, pleure prs de la fentre et sĠisole en rŽcrŽation. CĠest veiller ˆ ce que Julie, dont les parents viennent de divorcer, quitte bien lĠŽcole avec son pre (ou avec sa mre) qui en a la garde. (Se tromper par ignorance peut vous valoir la visite de la Police et des ennuis trs graves, en maternelle en tout cas !). CĠest surveiller les rŽsultas de Mohammed, inexplicablement en chute libre ce trimestre ; cĠest prendre le temps dĠexpliquer au pre de Nassira que les filles ne sont pas irrŽmŽdiablement vouŽes au mariage ˆ lĠage de 11 ans ; cĠest se demander pourquoi Olivier refuse dĠ™ter son anorak avant de sĠapercevoir quĠil a les bras marquŽs de traces de bržlures de cigarettes ; en collge, sĠisoler du monde extŽrieur, sanctuariser ˆ lĠextrme lĠEcole dans son ensemble, cĠ est ne pas savoir entendre lĠadolescente paniquŽe qui demande ˆ son professeur ce quĠ elle doit faire aprs sa premire nuit passŽe sans protection avec son petit copain. (JĠai personnellement vŽcu cette situation dĠŽcoute dŽlicate). Si nous, les enseignants, ne savons pas nous pencher sur ces cas, qui le fera ?

 

LĠ Ecole est aux prises avec des conflits qui ne lĠŽpargnent pas. Les Žtablissements scolaires ne sont pas des Ambassades qui bŽnŽficieraient dĠune situation dĠexterritorialitŽ.  Ils forment une entitŽ, encore trop souvent un monde clos, qui ne peut rester sourd aux Žchos qui lui parviennent de lĠextŽrieur.

 

 

9      -MORCEAUX CHOISIS

 

Les extraits suivants proviennent tous des Dossiers Documentaires, NumŽro spŽcial de Mars 1966 consacrŽ ˆ lĠexpression orale et Žcrite. Ils prouvent :

 

 

 

Aucun texte nĠest postŽrieur ˆ 1966 ; le dernier date deÉ 1904

 

Suggestions mŽthodologiques :

 

Ç LĠenfant de huit ans garde encore une certaine fra”cheur, une spontanŽitŽ qui se manifestent volontiers dans ses premiers Žcrits. Retrouvez le ˆ onze ans, il nĠest capable, le plus souvent, que dĠŽcrire dix lignes cohŽrentes de banalitŽs impersonnelles È F. Ters, Education EuropŽenne NumŽro 34, novembre-dŽcembre 1964

 

Ç A voir les rŽsultats quĠil donne souvent, en particulier ˆ lĠexamen du Certificat dĠŽtudes, on considre volontiers lĠenseignement du franais ˆ lĠŽcole primaire comme un enseignement dŽcevant,