Nuit du 4 août

La France a aboli depuis longtemps les privilèges : c'était une fameuse nuit du 4 août ! Ce n'est pourtant pas une date souvent commémorée. Et l'on a tort. Une démocratie devrait, régulièrement, se remettre en face de ses exigences fondatrices et rappeler que le pouvoir n'est pas un privilège, mais un service : il n'est pas conféré à une personne en fonction de sa nature, mais de ses compétences et du mandat qu'elle reçoit. Dans ces conditions, aucun pouvoir ne doit comporter des avantages liés à son exercice qui pourraient laisser penser que celui ou celle qui le détient ne s'y maintient que pour bénéficier de ces avantages... Ainsi, à titre d'exemple, imaginons ce que pourrait être, aujourd'hui, les décisions d'une nouvelle nuit du 4 août :

« Compte tenu du fait que tout citoyen, quelle que soit son activité professionnelle, doit se loger et se nourrir, il est décidé que l'ensemble des responsables institutionnels, politiques et économiques n'aura droit à aucun défraiement spécifique dans ces domaines. En conséquence, seuls les concierges bénéficieront d'un appartement de fonction. Par ailleurs, les cadres de tous niveaux et hauts fonctionnaires n'auront droit à aucune restauration spécifique gratuite : les cantines d'administrations et restaurants d'entreprises leur seront ouverts dès lors que tous les tickets-repas seront indexés sur le quotient familial. Toute personne disposant d'un bien à usage professionnel (véhicule, téléphone, etc.) aura l'interdiction formelle de l'utiliser gratuitement à titre personnel. Tous les élus et responsables politiques devront voyager dans les conditions normales. Seuls les hauts fonctionnaires handicapés ou dont le permis de conduire aura été supprimé bénéficieront d'une voiture avec un chauffeur... Aucune invitation gratuite pour des activités culturelles, sportives ou de nature récréative ne devra être diffusée, en dehors des personnes en grande difficulté financière... Les artistes, présentateurs de télévision, sportifs, journalistes, quelle que soit leur notoriété, ne pourront, en aucun cas, se prévaloir de cette dernière pour bénéficier d'avantages matériels ou moraux de quelque nature que ce soit... Toute intervention émanant de quiconque exerce des responsabilités en vue de favoriser l'accès à des services ou à des fonctions à des personnes qui leur sont liées d'une manière ou d'une autre constituera un délit... Toute tentative pour échapper ou faire échapper quiconque à une amende due à une infraction est passible de poursuites... Toute pression d'une entreprise ou d'une institution auprès d'un organe de presse ou d'un média pour promouvoir un produit culturel, diffuser des opinions, solliciter un traitement particulier, devra être rendue immédiatement publique par l'organe de presse ou le média considéré... » Une nouvelle nuit du 4 août ? Chiche !