La prévention... enfin !

La France est un pays étrange où les esprits forts - qui tiennent le haut du pavé - sont revenus de tout... sans jamais y être allé ! Ainsi en est-il aujourd'hui à propos des évènements dramatiques qui agitent les banlieues : « Voilà trente ans qu'on nous raconte des histoires sur la nécessaire prévention dans les quartiers difficiles, qu'on nous explique que les jeunes voyous qui les saccagent sont des victimes, de pauvres petites victimes qui, à leur corps défendant, cherchent à trouver une place dans une société qui ne veut pas d'eux ! Il est temps d'arrêter cette pensée compassionnelle qui, sous prétexte d'entendre les plus démunis, laisse la porte ouverte à la barbarie. Foin de ces discours de curés d'un autre âge ! La prévention, on a déjà essayé : on sait que cela ne marche pas. Passons sans complexe à la répression ! »

Le problème, dans ce discours, c'est qu'il n'est pas vraiment certain que la prévention, on ait déjà sérieusement essayé. Malgré les efforts admirables de l'Éducation populaire et de ceux et celles qui s'y sont engagés jadis - aussi bien dans la mouvance du Parti communiste que dans celle des patronages cathos -, malgré le travail exemplaire d'une myriade d'associations qui, sans le moindre subside ou avec des subventions dérisoires, tentent d'impliquer les « exclus » dans des projets qui leur permettent d'espérer dans l'avenir... malgré tout cela, nous n'avons jamais vraiment fait de la prévention une priorité politique de premier plan. Au contraire, partout où c'était possible, nous avons supprimé les emplois de proximité, sous prétexte que cela n'était pas « rentable » et sans voir qu'ils jouaient un rôle social essentiel. Nous avons laissé se dégrader nombre d'équipements collectifs et abandonné, sans véritable soutien, ceux et celles qui, au quotidien, loin des caméras, tentent de retisser du lien social. Nous n'avons jamais, de manière volontariste - contrairement à d'autres pays - exploré l'arsenal des sanctions constructives, autres que la prison. Nous n'avons pas soutenu les travailleurs sociaux... dont le salaire annuel est, aujourd'hui, inférieur au coût annuel d'un prisonnier et qui pourraient, bien formés, éviter précisément de mettre autant de gens en prison. Nous avons tranquillement laissé affirmer que le seul but de l'École, c'était d' « instruire » et que « l'éducation à la citoyenneté » était un gadget, une heure de temps en temps qu'on pouvait supprimer à la moindre occasion... Et, récemment, nous avons décidé de diminuer, de manière drastique, les moyens d'une multitude de mouvements qui oeuvrent dans les banlieues. Alors, certes, l'ordre républicain ne doit pas céder devant l'intimidation de quelques-uns, mais en même temps, le devoir de la République est bien de montrer - concrètement - que l'intégration républicaine est sa première priorité.